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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 19:21

Bonjour à toutes et à tous.

 

Je vous remets cette chronique de début 2012 du recueil de nouvelles datant de 1996, 25 ans déjà, Demain les puces, Science-fiction et Informatique version 1.2, anthologie établie par Patrice Duvic et éditée dans la collection Présence du Futur.

En effet, le texte de l'introduction de Gérard Klein est disponible depuis peu sur le site de qualité Quarante-deux, qui traite la SF avec de longs articles.

http://www.quarante-deux.org/archives/klein/prefaces/Demain_les_puces/

 

demain les puces

 

Ces quelques nouvelles mêlées, à deux interfaces de Patrice Duvic et Gérard Klein, outre le plaisir de lecture, offrent une réflexion très intéressante sur la SF. 

Ce genre doit-il absolument suivre l’évolution scientifique et technique, en rendre compte fidèlement ou tendre vers la poésie ? Doit-il prédire l’avenir, et s’il n’y parvient pas échoue-t-il ?  

 

L’informatique est un exemple effectivement très intéressant à ce propos. Sans refaire ici l’Histoire de la SF, il est incontestable que les auteurs ont privilégié le super ordinateur dans les premiers récits et abordé tout de même l’idée de réseaux sur le tard, Demain les puces le rappelle très bien.

Par contre, l’ordinateur individuel a été très peu traité, presque ignoré. Trop quotidien, sans valeur narrative, sans grand enjeu ? Il est vrai qu’un super ordinateur contrôle des bombes atomiques, traite des équations impossibles, devient conscient, autant de sujets croustillants à se mettre sous la dent ; tandis que nos PC et autres Mac individuels ne servent guère qu’au courrier, à chercher des recettes de cuisines et à rendre gratuit du culturel….

 

La première nouvelle du recueil, Un logique nommé Joe de Murray Leinster, que j’avais déjà lu il y a longtemps et dont le souvenir m’était resté, est l’exception qui confirme cette absence d’une juste vision de la réelle évolution de l’informatique, sortant des laboratoires pour envahir la vie courante de millions de personnes, tant au niveau professionnel que personnel. 

Datant de 1946, elle dit tout des fabuleuses possibilités d’internet, évoque une espèce de Minitel, raconte à merveille une société entièrement dépendante de l’informatique, utilise avec justesse la notion de logiciel et n’utilise pas le procédé poétique de prise de conscience d’un tas de puces, d’une âme numérique naissante, mais se contente de pousser la logique jusqu’au bout…

En mettant en réseau toutes les données auquel il a accès, l’ami Joe, né d’une simple erreur de fabrication supprimant certaines limites du système, finit en effet par satisfaire toute demande de renseignements, y compris les plus meurtrières… 

Jetez donc un coup d’œil à ces articles. Ce souci du trop plein d’information à la portée de tous est aujourd’hui bien présent, voir crucial.

http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=9850

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/medecine/d/faut-il-tout-devoiler-du-redoutable-virus-h5n1-cree-en-laboratoire_35853/

 

Pas de complot, pas de volonté sourde, juste une incertitude dans la fabrication du bazar informatique grand public qui donne naissance à une histoire d’une rare crédibilité, à la fin d’ailleurs ouverte.  

Sans exagérer, Un logique nommé Joe de Murray Leinster reste une référence littéraire aujourd’hui encore pour tout passionné et auteur de SF, tant par son style que sa grande pertinence narrative. Un chef d’œuvre qui donne envie d’en lire et d’en écrire d’autres…

 

Les autres nouvelles du recueil suivent grosso modo une autre logique, plus poétique, celle de la naissance d’une conscience informatique, serpent de mer largement entrevu depuis des dizaines d’années en SF. 

Cela donne de bonnes nouvelles, mais nous butons là, si l’on considère la SF comme l’art de l’anticipation, sur un obstacle de taille. La conscience numérique est un mythe, une impossibilité chronique en l’état de la Technoscience actuelle, et cela pour longtemps encore sans doute… 

Non pas tant pour des soucis de technique mais bien parce qu’il est impossible qu’une conscience prenne vie dans quelque système numérique imaginé par l’Humain dans cet objectif ; et ce pour un fait extrêmement simple. Il est impossible de copier ou de recréer ce que l’on ne conçoit pas à l’origine. 

Car personne ne sait ce qu’est la conscience… Est-ce purement situé dans le cerveau ? Les dernières recherches semblent prouver l’importance du corps. Est-ce un pur phénomène physico-chimique, un accident de la Nature ? 

 

Nous parvenons à simuler une conscience, notamment avec ces performants logiciels de curiosité pour robots qui leur permettent d’appréhender en peu de temps leur univers physique.

Mais ces spectaculaires robots n’iront jamais tondre la pelouse ou vous faire la lecture d’eux-mêmes. Ils ne font rien si vous ne leur dites pas de faire quelque chose, signe évident d’un manque totale de conscience de soi. Leur autonomie n’est qu’un leurre, bien que concrètement très utile et perspicace pour obtenir des robots efficients. 

De plus, il ne peuvent se reproduire…

 

De là à en créer une véritable vie, il y a donc un gouffre infranchissable ou presque. Sauf par la SF évidemment, c’est là son rôle. Mais elle ne peut que postuler l’existence d’une vie artificielle, pas l’expliquer, comme Iain M. Banks le fait avec ces jubilatoires drones et autres supers consciences gouvernant le destin de la vie biologique dans son Cycle de La Culture

 

Exactement comme reproduire la vie biologique est quasi impossible à l’heure actuelle, puisque nous ne savons pas comment elle est née… Tous les essais, certes spectaculaires, de nouvelle vie en laboratoire reprennent en fait des éléments de cellules préexistantes.

D’ailleurs il est assez drôle de revoir les anciennes couvertures de revues scientifiques. Elles annoncent régulièrement depuis des dizaines d’années la création d’une nouvelle vie en laboratoire… puisqu’on ne sait pas la définir précisément. Le virus passe ainsi, par exemple, d’organisme vivant et non vivant, selon la définition qui lui est appliqué.

C’est là toute l’Histoire des Sciences, la relativité du savoir.

 

Il ne faut pas confondre bricolage génial et réelle connaissance… 

 

Alors, il convient peut-être de renverser le problème. Tout savoir de la vie, de la conscience biologique avant de créer une vie numérique est peut-être inutile. C’est justement en cherchant à créer une vie artificielle que nous comprendrons mieux la vie physique…

À n’en pas douter, il y a tout un espace ouvert pour écrire de nouveaux savoureux textes sur cette envie de vie artificielle. Mais pour rendre crédible sa conception, ou en faire oublier au lecteur ses impossibilités, il faudra un effort de narration très poussé ; toute la difficulté étant de jongler entre poésie et dernières avancées connues de la Technoscience.

De plus, il est aussi très étrange de constater que pour les auteurs de SF ces consciences numériques semblent avoir des préoccupations très humaines. Pourquoi donc une autre forme de vie se préoccuperait de copier l'Humanité ? Voilà encore un mystère à résoudre...

 

Demain les puces ? Certainement.

À moins bien sûr que ce fratras de silicium soit balayé par tout autre chose…

 

Gulzar 

 

Et voici le sommaire complet de l’anthologie : 

 

 

Un logique nommé Joe, par Murray Leinster.

Interface 1, par Patrice Duvic.

Gaia de Silicium, par Tom Maddox.

Valentina, par Joseph Delaney et Marc Stiegler.

Nous avions décidé d'être heureux, par Philippe Curval.

Interface 2, par Gérard Klein.

Des réponses, par John Sladek.

BumpieTM, par Francis Valéry.

La muse électronique, par Hilbert Schenck.

 

Le site Quarante-deux me siganle également que l'édition de 1986 du recueil, toujours chez DEnoël, comporte un sommaire légèrement différent, avec surtout un texte de William Gibson, Johnny Mnemonic, dont un film a été tiré d'aillleurs...

Un logique nommé Joe, par Murray Leinster

Interface, par Patrice Duvic

Gaia de Silicium, par Tom Maddox

Valentina, par Joseph H. Delaney & Marc Stiegler

Nous avions tous décidé d'être heureux, par Philippe Curval

Johnny Mnemonic, par William Gibson 

Interface 2, par Gérard Klein

Des réponses, par John Thomas Sladek 

Mémoire vive, mémoire morte, par Gérard Klein

La Muse électronique, par Hilbert Schenk

 

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Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
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