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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 17:43

Je signale un article déchirant sur le trop plein de clichés dans le monde de l'imaginaire !

à lire sur l'Encyclopédie de l'étrange...

 

http://www.mondesetranges.fr/spip.php?article1353

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 08:19

 

Bonjour à toutes et à tous !

 

Et bien oui, aujourd’hui je vais évoquer sous vos yeux ébahis Les Bidochons, sommet extatique de la bande dessinée à la française ! Nous sommes bien sûr très loin de la Science Fiction…

 

les bidochon, tome 20

 

Il y a pourtant dans ce vingtième tome, et dans beaucoup d’autres, une caractéristique très intéressante de la relation des humains à la modernité, les objets. Avec notre couple sans enfants, Raymonde et Robert, ce sont les vedettes principales de la série ! 

Car une bonne partie du comique de Binet vient des objets, en général inutiles, mal compris ou ridicules qui parcourent les historiettes composants les albums. L’objet étant, au cinéma notamment, un formidable support de gag, comme Chapelin, Louis De Funès, Jacques Tati l’ont prodigieusement compris.   

 

Ce vingtième tome étant consacré aux objets hétéroclites vendus dans les catalogues par correspondance, Binet se régale, et nous régale ! Entre la poivrière lampe torche, la fausse cheminée électrique qui diffuse aussi de l’air frais l’été, le pousse-bouchon à air comprimé, la moitié de sapin de noêl qui tient moins de place, c’est tout un éventail de l’ingéniosité humaine au service de rien qui nous est montré ! 

Bien sûr, la série fonctionne sur les rapports de couple des Bidochon, parfois tendus, mais aussi donc cette volonté de Robert de rester dans le vent, d’acquérir cette modernité qui lui échappe, celle offerte par la publicité...

Du minitel au clavier Bontempi, du barbecue révolutionnaire à la télécommande universelle, tout ira de travers !

 

Je ne crois pas trahir un secret de Binet, tous les objets qu’il décrit et utilise dans ses albums existent réellement ! C’est d’ailleurs ce qui rend son travail vertigineux et drôle, il n’invente rien ! Il nous montre ce qui est en vente, ce qui est censé apporter un peu de bonheur, entre progrès technique et usage nouveau. 

Les Bidochons, c’est pas la France caricaturée, c’est la société de consommation examinée à la loupe. C’est ce qui rend aussi cette série attachante et intelligente. Elle n’est pas beauf, comme pourrait le supposer les gens qui ne l’ont pas lu, elle est au contraire très pointue dans l’analyse du grand supermarché où nous habitons… Les Bidochons sont des victimes de la vente forcée, pourrait-on dire ! 

 

La série intéresse l’Anticipation, car elle participe du recul nécessaire pour ressentir l’absurdité non du commerce en soi mais du surplus imbécile d’objets, source de tension, d’isolement entre les êtres. Raymonde et Robert luttent contre les objets, et perdent le plus souvent ! Qu’en sera-t-il dans l’avenir ? Que nous vendra-t-on dans un proche avenir ? Des chaussettes anti-transpiration aux nano matériaux ?

Ah non, cela existe déjà paraît-il...

 

Pour conclure cette chronique, je ne puis m’empêcher de vanter la petite merveille utilisée le matin au réveil par Raymonde Bidochon, qui franchement devrait être en vente partout… Quelle belle et astucieuse idée que ces pantoufles que l’on peut chauffer au four à micro-ondes, histoire d’avoir les pieds bien au chaud pour démarrer la journée ! 

 

Les Bidochons, une source inépuisable de réflexion sur l’objet… 

Gulzar

 

 

 

 

 

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 09:31

solar crisis maquette 2 

solar crisis 7

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 09:30

Bonjour à toutes et à tous !

 

Courte chronique cinéma aujourd’hui, avec une bonne surprise, Solar Crisis film de 1990 de Richard C. Sarafian, réalisateur du cultissime Vanishing point, visionné en format VHS, bonheur suprême !

 

solar crisis jaquette


Ce long métrage a inspiré, si l’on peut dire, un film plus récent de 2007, le Sunshine de Danny Boyle.

 

L’esthétique

 

Commençons comme souvent par l’esthétique des deux films, sujet brûlant pour tout amateur de SF ! 

Les plans dans l’espace de Solar Crisis sont assez beaux, même si leur longueur est souvent insuffisante pour bien en profiter. Un peu comme si la pellicule était venue à manquer ! C’est assez frustrant je dois dire. Cela est peut-être dû également à la quantité de péripéties du film sur Terre, qui a nécessité de tailler dans le temps imparti à l’Espace… Le montage vu la richesse du scénario a visiblement contraint à des concessions esthétiques. On peut le regretter et je le regrette ! 

 

solar crisis soleil

 

Parfois, certains détails comme la carte holographique du soleil, de trajectoires du vaisseau projetées sur la passerelle de commandement sont aussi bien traités graphiquement dans les deux films. Ce qui donne par conséquent à Solar Crisis, réalisé une quinzaine d’années avant Sunshine, une longueur d’avance !

À l’opposé, Solar Crisis comporte un certain côté maquette en carton pâte, paradoxalement plus sur Terre que dans l’Espace ! Je pense notamment aux camions automatiques et moralisateurs sillonnant les routes, trouvaille drôle, ancrée dans la tradition des trucks sillonnant l‘Amérique du Nord !

 

Solar-Crisis-truck-04

 
Tous les éléments spatiaux eux sont au contraire très crédibles. À un important détail près toutefois, assez incongru ! Le vaisseau censé apporté la bombe auprès du soleil et la larguer ne possède aucune protection thermique visible contre le rayonnement solaire ! Énorme oubli il me semble !
Je vous laisse regarder les quelques images de maquettes de Solar Crisis que j’ai pu trouver…

 

solar crisis 10solar crisis 11

 

La fameuse bombe parlante, censée sauver le soleil !

 

solar crisis 14

 

solar crisis 15solar crisis 8
Le vaisseau transportant la bombe !

 

solar crisis 9

solar crisis maquette 
Tout au contraire, le bouclier gigantesque contre la fournaise solaire constitue l’élément esthétique principal des vaisseaux de Sunshine, élégamment traité. Les image numériques sont là bien réalisées, avec un souci de réalisme prenant. C’est là sans doute où le film plus récent répare avec talent un important oubli de son prédécesseur !

 

sunshine 2


C’est également un élément narratif important, puisqu’un membre d’équipage perdra la vie en tentant de le réparer. Même si la raison de la réparation m’a semblé étrange. Le bouclier, un immense disque légèrement bombé qui abrite une colonne sur laquelle vient se greffer quartiers de l’équipage et moteurs, est constitué de dizaines de milliers de panneaux orientables. Si un seul reste coincé dans une mauvaise position, la chaleur peut entamer le bouclier et donc mettre en péril le vaisseau entier.
Sauf qu’un bouclier composé de morceaux mobiles tels que décrit dans Sunshine n’a aucun sens technique ! C’est effectivement insensé de mouvoir des dizaines de milliers de panneaux, au risque de dizaines de milliers de pannes  ! Imagine-t-on une navette spatiale avec des tuiles thermiques mobiles ? Un véritable et crédible bouclier est statique, c’est au vaisseau de s’orienter correctement…
La constitution technique invraisemblable du bouclier ne semble pas donc avoir été inventé que pour amener un suspens, une péripétie de scénario plus ou moins utile… Un brave gars va se sacrifier pour ramener un panneau à sa bonne position et va y laisser la vie… mais cet épisode n’a pas fait avancer d’un parsec l‘histoire principale…

 

sunshine 9

sunshine 3

 

La narration

 
Mais laissons l’esthétique des deux films, possédant donc chacun leurs qualités propres. Je vous propose une rapide comparaison entre les narrations de ces deux films, qui à mon goût n‘est guère à l‘avantage du film de Danny Boyle…

Commençons par le petit résumé de Solar Crisis.
Le Soleil bienfaiteur menace la Terre. La prévision scientifique d’une violente éruption de matière du soleil menace la Terre, qui sera alors brûlée, toute vie disparaissant.
Seule solution, envoyer au point prévu du soleil où se déclenchera cette éruption une super bombe afin de dévier le cours des particules...
Mais les responsables de multinationales puissantes refusent de croire en la fin de la planète. Une membre de l’équipage tente alors de saboter la mission. Finalement, se rendant compte de l’horreur de ce qu’elle fait, elle dirige elle-même la bombe vers le soleil et se sacrifie…

 

Petit résumé de Sunshine à présent, ce qui va être difficile. Je ne l’ai pourtant vu récemment et je ne me souviens presque plus de l’histoire…

Le soleil menace de s’éteindre, en moins de quelques années, la Terre se refroidit déjà… Seule solution, envoyer une méga-bombe au cœur du soleil, regroupant toutes les matières fissiles disponibles, pour en quelque sort le rallumer. Un vaisseau s’est perdu lors d‘une première mission, qui a donc échouée. Un second vaisseau tente donc d’envoyer une second bombe et tombe sur le premier vaisseau à la dérive. À son bord, un unique survivant qui va tenter de faire échouer la mission du second vaisseau pour d‘obscures raisons religieuses…

 

sunshine cadavres

Soyons clair, les deux films possèdent dès le départ une base narrative fantasmatique, irréaliste. Envoyer une bombe pour tenter de modifier en quoi que ce soit le fonctionnement du soleil relève du pur délire ! Où bien alors, les films devaient se situer dans plusieurs dizaines de milliers d’années au moins, avec une Humanité surpuissante technologiquement, disposant de ressources énergétiques tout autre qu’aujourd’hui. Or les deux films se situent au 21ème siècle…

Mais peu importe, comme spectateur, c’est admissible, tant que l’histoire reste jouissive ! Ce qui, à mon goût, est le cas pour Solar Crisis

Malgré le côté ironique voir quelque peu déjanté de certaines scènes, certains aspects du film sonnent très justes. La multinationale abandonnant à une mort certaine en plein désert son expert indésirable prédisant la catastrophe pour qu’il cesse de parler. Le magnat des affaires qui proclame sa croyance dans les lois de la Nature, de la sélection naturelle, de la loi du plus fort. Si la Terre doit crever, qu’elle crève…

Le personnage de la scientifique traîtresse est aussi très crédible. Puisqu’il paraît impossible de payer ou soudoyer quelqu’un pour éventuellement faire périr l’Humanité entière, elle sera manipulée par un lavage de cerveau. Elle est donc une victime, et non un personnage irréaliste humainement. 

Autre fil conducteur du film, le fils du capitaine de la mission quasi suicidaire s’échappe d’une école militaire et échoue en plein désert. Le gamin croisera la route de marginaux, des camions qui parlent tout seul sillonnant l’Amérique, ainsi que de l’expert donné pour mort… Il parviendra à alerter son père de la menace à bord, ce personnage félon censé faire échouer la mission salvatrice, dans la grande tradition du traître qui trouve la rédemption au dernier moment ! 

Autre réjouissance, la bombe parle elle aussi, toujours dans la tradition quasi obsessionnelle de Hal, l’ordinateur de 2001, l’Odyssée de l’Espace !

 

Pour ma part, je ne me souviens donc de pas grand chose de Sunshine… Sinon, ce fait étonnant, mal expliqué et mal amené, qui aurait pu être fascinant, mais tourne à la farce scénaristique... À dix minutes de la fin, le rescapé invisible du premier vaisseau déclaré perdu finit par monter à bord du second vaisseau et commence à tuer son équipage, hurlant que Dieu lui a ordonné de laisser le soleil œuvrer à la perte de l’Humanité, d’après ce que j’ai pu comprendre…

 

Croyez-moi sur parole, j’ai rarement vu une fin de film aussi calamiteuse…

 

Je n’ai rien contre un personnage perdant l’esprit. Je n’ai rien contre l’intrusion de fanatisme religieux dans un film ouvertement de SF. Cela serait stupide de ma part ! Mais vraiment, ce personnage jaillissant de nulle part n’a aucune justification, sinon apporter un semblant de suspens en fin de film se trainant de toute manière vers un happy end prévisible…

Comme spectateur, nous ne savons rien de l’évolution de ce personnage, de son discours. Le fanatisme religieux est ici un repoussoir, une astuce de scénario, et non un sujet important du film. 

 

sunshine 1


Nous nous retrouvons face à une ombre et non un personnage de lumière qui nous brûlerait l’esprit, nous entraînerait dans des abîmes de sensations, de réflexions… 

Nous devrions être face au feu du soleil, nous nous retrouvons devant une loupiote philosophique de bas étage. N’est pas Tarkovski qui veut ! 

 

Conclusion

 

Solar Crisis est donc plein d’inventions, tantôt socialement très réalistes, tantôt de comédie. Et ne se veut en aucun cas parfait ou pontifiant. Mélange de comédie, de structures narratives classiques, de critique sociale et par moment de rigueur scénaristique, il m’a frappé par son envie de ne pas se prendre totalement au sérieux…

Bancal peut-être, ennuyeux jamais !

 

Solar-Crisis-palance101

Par son esthétisme souvent très réussi il est vrai, Sunshine lui prétend rejoindre les chefs-d’œuvre de la SF, mais n’en possède absolument pas la rigueur scénaristique, et tourne même au ridicule final, à une paresse narrative tout de même navrante… Et surtout à une incapacité à refléter par une mise en scène grossière, malhabile, son propos philosophique apparent, le soleil redevenant en plein scientisme une divinité, un dieu de vie et de mort.

Ce qui pourrait pourtant constituer un extraordinaire sujet sur la fragilité de la vie sur la planète Terre. 

 

sunshine icarus


Finalement, ces deux films, partageant pourtant la même idée de base, agir sur le soleil pour en modifier en activité, sont en réalité très différents. Le plus ancien reste enthousiasmant malgré ses naïvetés, tandis que le plus récent reflète pour moi un manque criant d’envie de propos détonants, originaux et pertinents. La narration maladroite joue de facilités, refuse toutes prises de risques et flirte dangereusement avec un inculture certaine…

Solars crisis gagne ses galons de film de SF par ses bonnes trouvailles, tandis que Sunshine se perd dans les boursouflures de sa suffisance… 

 

Gulzar

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 21:15

Bonjour à toutes et tous !

L’infatigable Jodorowsky est de retour avec une nouvelle série, toujours de Science Fiction, nommée Showman killer, avec au dessin Fructus ! J’ai lu le premier tome, aux éditions Delcourt, et vous en fait donc un rapide compte-rendu.

 

showman killer couv
Retour avec ce dessinateur à une oeuvre graphique traditionnelle, sans le traitement par informatique de l’image, tel que pratiqué dans la série des Technopères.

Toujours aussi démente, menée par des personnages excessifs, insensibles au mal qu’ils provoquent sur autrui et incapables de résister à leurs passions du pouvoir et de la puissance, l’histoire se déroule en deux temps, avec une longue introduction.
Je vous résume…
Un savant désirant produire son chef d’œuvre et gagner un  tas d‘or, fait féconder une femme par du sperme d’affreux tueur pour en retirer un bébé, qui isolé, coupé de tout lien affectif, au corps modifié par mille et une technologies, deviendra un guerrier invincible, capable de remporter les joutes organisées par le despote du coin…
Effectivement, Showman killer, incapable d’émotions, écrase ses concurrents, mais refuse de donner l’or à son créateur… Il devient un mercenaire, qui offre ses services à celui qui paie le plus, dans un cynisme absolu.
Un jour, pris dans un complot contre le despote mené par l’un de ses conseillers félon, il doit tuer une femme et son bébé. Mais il sauve l’enfant et s’enfuit… La suite au tome 2 !

Ce qui frappe au premier abord, outre la qualité du dessin, c’est que l’humour est très peu, voir pas présent du tout. C’est déjà un changement profond par rapport aux œuvres précédentes. Le cynisme règne en maître, sans même le prétexte de la grandeur d’une prestigieuse lignée à préserver, d’une vengeance à accomplir.
À vrai dire, la lecture de l’album démoralise fortement, malgré la fin ouvrant sur un peu d’optimisme… L’on retrouve à l’évidence l’univers de Jodorowsky, mais définitivement plongé dans des abîmes de noirceur, peut-être un peu forcés…

Autre caractéristique narrative plus intéressante, contrairement aux Technopères ou à La Caste des Méta-Barons, le héros, Showman killer, n’a pas à lutter contre d’autres héros ou personnages plus ou moins de même force et de même nature, de la même famille pourrait-on dire.
Showman killer est invincible, ne risque rien physiquement. Ses adversaires qui tentent de l’affronter sur son terrain y perdront irrémédiablement la vie.

La narration n’est donc pas frontale, mais relève bien plus d’un affrontement de deux systèmes de pensées, de manière de combattre. Le combat du pion contre le joueur qui le manipule.
Showman killer, la force brute, la violence physique sans émotions, va devoir affronter le cynisme politique, la manipulation du conseiller félon du despote. Sans même savoir ce qui se passe, sans savoir qui il doit affronter.
La nature de son adversaire va changer la nature de l’arène du combat. Pourra-t-il s’y adapter ? Le bébé qu’il a recueilli, dans un geste inhabituel, va-t-il le faire évoluer ? Deviendra-t-il alors plus fragile, mais aussi plus capable de trouver un sens à sa vie ?
L’émotion fera-t-elle sa force, ou son talon d’Achille ?

Ce sera sans doute tout l’intérêt du second tome de Showman killer !
Gulzar

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 15:30

moon clone seul

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 13:28

 

Bonjour à toutes et tous !
Longue chronique cinéma, consacrée enfin à une nouveauté dvd, film sorti  en 2009 attendu par nombre d’amateurs de SF, Moon, long métrage anglais indépendant tourné en maquette, comme au bon vieux temps !

 

moon affiche

 
Contrairement à mon habitude d’écrire des chroniques enthousiastes, je vais critiquer quelque peu ce film dont j‘attendais beaucoup, je vous en préviens pas avance. Même s’il m’a donné aussi du plaisir au visionnage ! Mais l’analyse de sa narration est vraiment intéressante je pense.
Pour une fois, vous lirez donc une chronique plutôt négative sur ce blog…


L’esthétique


Tout d’abord commençons par ce qui était très attendu, le décor du film ! De mon humble avis, c’est une superbe réussite esthétique ! Les choix sont clairs et assumés. L’intérieur de la base ressemble à s’y méprendre à ceux de la série télévisuelle Cosmos 99 par exemple, ou parfois aussi de Silent Running, autre film SF assez intéressant, réalisé par Douglas Trumbull en 1972, que j’ai déjà visionné.

 

moon robot


Nous sommes donc de retour dans les années 70, avec les ordinateurs aux gros boutons, un robot compagnon de vie de l’unique occupant de la base lunaire, qui se déplace lentement, relié au plafond comme un outillage d’usine métallurgique. Aucune image numérique, aucun trucage ne sont présents, sinon des décors peints.

 

moon clair de terre

Toutes les scènes en extérieur sur la Lune sont également très bien réalisées, entièrement en maquette d’après les images et les bonus du dvd ! Seule la poussière dégagée par le passage des véhicules de maintenance a du être rajoutée ensuite en image de synthèse. Nous restons pleinement dans le style souhaité par Duncan Jones.

 

moon vehicule

 
L’ambiance visuelle de Moon est donc franchement enthousiasmante pour un connaisseur de films SF, rafraichissante si l’on peut l’écrire, alors que déferlent sur les écrans tant de films perclus d’images de synthèse, parfois très réussies, la plupart du temps inutiles, grossièrement présentes pour parfois combler les vides scénaristiques…


La narration


Passons maintenant à ce qui fâche, l’histoire de Moon elle-même, censée justifier cet effort créatif de haut niveau… C’est bien là où le film m’a déçu par certains aspects.
Je résume rapidement l’action.
Un employé gère seul sur la Lune une unité d’extraction d’Hélium 3, carburant essentiel de la fusion nucléaire employée sur Terre comme source d‘énergie. En réalité, il s’agit d’un clone d’une durée de vie limitée de trois ans. Au terme de leur mission, il embarque dans ce qu’il croit être une navette et est éliminé, remplacé de nouveaux clones, qui dans le sous-sol de la base lunaire attendent d’être réveillés. Un accident fait que le clone suivant se retrouve en présence du clone précédent… Ils comprennent alors leur véritable nature. Echappant aux tueurs envoyés pour l’éliminer, l’un se sacrifie pour que l’autre parvienne à regagner la Terre pour y apporter la vérité sur le cynisme de la compagnie minière…

A la lecture du résumé de l’histoire, l’on peut se dire que le film est intéressant, pertinent même. Effectivement, la Lune est susceptible d’être riche en Hélium 3. L’idée d’une compagnie minière exploitant ces ressources, qui économise à tout prix sur les coûts, et donc le personnel, paraît crédible. La relation entre deux humains clonés est également susceptible cinématographiquement d’être passionnante !

Pourtant, à mon goût, tant durant le visionnage du film qu’après un moment de réflexion, la narration du film souffre de graves incohérences, voir même ne repose sur aucun fondement véritablement sérieux. Ce que nombre de critiques ou d’avis lus sur le web semblent ne pas ou peu percevoir, à mon grand étonnement je dois dire… Très réussie, j’insiste encore une fois sur ce point, l’esthétique du film subjugue au point de ne plus ressentir les défauts du scénario, rédhibitoires à mon avis pour faire de Moon un film véritablement abouti.

Pourquoi le clonage ?


Commençons en toute logique par le commencement !
Pourquoi donc cloner un employé lunaire ? La raison invoquée dans le film est que la compagnie minière qui exploite les ressources lunaires veut économiser sur le personnel.  Soit.
Mais alors pourquoi seulement une durée de vie de 3 ans ? Pourquoi pas 10 ou 20 ans ? Pourquoi ne pas forcer du personnel à rester à vie ? Jamais il n’est dit également que cette technologie de clonage est peu coûteuse, répandue sur Terre, ce qui justifierait alors mieux son usage.
La raison de la construction d’une base lunaire est crédible, mais pas son personnel ! Et même à la limite, pourquoi un homme sur la Lune ? Un ensemble de robots oeuvrant ensemble, commandés quasiment en temps réel depuis la Terre, ferait tout aussi bien le travail ! De plus, en cas de soucis techniques majeurs sur les engins qui sillonnent la surface pour extraire l‘Hélium 3, un homme seul peut-il faire physiquement quoi que ce soit ? C’est invraisemblable…

 

moon clone barbu

 
D’ailleurs, en visionnant attentivement Moon, l’on s’aperçoit que le clone employé ne fait rien, sinon surveiller deux trois cadrans, se rendre sur les lieux d’un incident technique à l’extérieur. Il pourrait tout aussi bien ne pas être là, la base lunaire avec une assistance robotisé poussée fonctionnerait sans lui.
Mais alors, il est vrai qu’il n’y aurait plus de film…

Une base orbitant autour de Saturne ou de Pluton, très éloigné de la Terre aurait été plus crédible pour cette histoire de clones, le voyage étant très long, très coûteux, même avec un nouveau système moteur hypothétique. S’y faire succéder des générations de clones pourrait alors prendre un certain sens économique.
La lune n’est qu’à trois jours de voyage et encore, avec les moteurs actuels ! La distance est trop faible pour justifier il me semble cet argument d’économie de bout de chandelle…

Autre invraisemblance narrative finale, l’entreprise minière envoie un commando de tueur sur la Lune afin d’éliminer le clone de trop.
Là encore, résoudre le problème par l’élimination du clone de trop se justifie narrativement. Mais c’est la forme prise par cette élimination qui est ridicule ! Un énorme vaisseau alunit à côté de la base. Mais ce voyage coûte combien au juste, sinon une fortune pour une entreprise censée vouloir économiser chaque dollar ? Là encore un robot tueur incorporé à la base, un clone particulier chargé de tuer aurait été plus logique, plus efficace aussi en terme de suspens !
Le manque de réflexion sur la structure narrative est là encore flagrante…

L’idée de base du film est donc dès le départ confuse pour le spectateur, d’une grande naïveté, sans justification sociale crédible ! C’est tout de même gênant pour un film qui justement se veut très réaliste socialement, ancré dans le réel, notamment d‘abord par son esthétique…

  
Deuxième point d’importance vous vous en doutez, la rencontre puis la cohabitation entre le clone 1 et 2, qui là encore est m’est apparue parfois faible narrativement, voir quasiment à la limite du vraisemblable, malgré quelques bonnes idées.

 

moon clones ensembles
Le clone 2, éveillé à la vie puisque le clone 1 est censé être mort dans un accident à l‘extérieur de la base lunaire, commence à avoir des visions... Il croit voir d’autres occupants dans la base…
Puis le clone 1 revient à la base. Et fatalement, les deux hommes se rencontrent…
Après réflexion, ces visions du Clone 2 sont seulement justifiées par l’extrême difficulté de mettre en scène, de raconter réellement une rencontre entre clones… Le scénariste-réalisateur Ducan Jones s’est là retrouvé face à un obstacle narratif très dur à franchir. Car comment filmer une situation inédite pour l’humain ?
Ces visions préparent le clone 2 à l’arrivée du clone 1. Mais en réalité elles permettent surtout au scénariste d’éluder cette fameuse première rencontre, puisque le clone 2 prend le clone 1 pour une vision !
Comme à plusieurs reprises dans Moon, l’histoire ne se déroule pas selon des logiques narratives solides, des logiques de personnages bien réfléchis, mais pour conforter le réalisateur dans ses désirs esthétiques, ou résoudre une faiblesse de scénario…

Ce qui n’est pas excusable à ce niveau de réalisation.

Surtout que la suite de cette rencontre capitale ne m’est pas apparue crédible, pas une seule seconde !
Trois minutes après avoir compris qu’ils étaient bien réels l’un pour l’autre, qu’ils étaient jumeaux, que cette situation est insolite, incompréhensible, ils jouent tous deux au ping-pong…
Sincèrement, vous vous voyez confronté à un autre vous-même, et vous mettre à faire une partie de pétanque au bout de trois minutes ?  C’est là encore invraisemblable !!!
Logiquement, ils auraient été s’examiner à l’infirmerie, se serait méfiés, se serait mis autour d’une table pour recenser toutes les hypothèses, en serait peut-être même venu aux mains, que sais-je, mais certainement pas à jouer au ping-pong ! Cette scène aurait du avoir lieu plus tard, ou jamais…

Suite à cette rencontre bouleversante, le film aurait dû s’accélérer, virer de bord ! Mais non, il continue gentiment son bonhomme de chemin ! L’employé se retrouve confronté à son clone, mais cela n’a pas l’air de plus le bouleverser que cela…

Je crois peut-être deviner là une influence mal gérée, mal comprise. Certainement, Moon s’inspire par son calme, par le jeu retenu et sobre de Sam Rockwell qui interprète l’employé lunaire, de 2001, l’Odyssée de l’Espace.
Le seul problème, c’est que le jeu retenu des astronautes confrontés à l’ordinateur Hal se justifiait pleinement. Ils risquaient leur vie, étaient confronté à un défi technique. Ils luttaient contre un système technique défaillant, ce qui demande calme et rigueur intellectuel.
Alors que dans Moon, l’employé se trouve confronté à un défi humain, un autre lui-même ! Ce qui va plutôt avoir tendance à amener de la passion humaine, des sentiments !
Mais non, à part une crise de violence à propos d‘une maquette que poursuit inlassablement chaque clone, les clones 1 et 2 n‘ont pas de réactions humaines démonstratives. Ils restent stoïques…

 

moon maquette
Mais alors, Moon veut-il signifier là que des clones ne sont pas des humains à part entière, qu’ils ne réagissent pas comme vous et moi ? Possible, vraisemblable, pas idiot même !
Mais alors le scénario devient bancal, puisqu’au final les clones ont bel et bien des préoccupations et de sentiments humains. L’un  se sacrifie pour l’autre, pour qu’il puisse aller sur Terre dénoncer leur triste situation.

De deux choses l’une. Ou ces clones sont humains, et tout le scénario doit en tenir compte, soit ils sont humains de manière incomplète, et là aussi le scénario doit être écrit en conséquence.
Les deux options sont toutes deux passionnantes, il ne s’agit pas de les juger par avance, simplement, il faut trancher pour l‘une ou l‘autre. Ce choix n’a pas été tranché, voir même réfléchi par Ducan Jones, et cela se ressent véritablement au visionnage du film.


Le brouillage des ondes


Troisième point défaillant du scénario, plus mineur il est vrai, le brouillage des messages vers et en provenance de la Terre, impérative il est vrai pour maintenir l’isolement des clones successifs, se fait au moyen de tours relais géantes entourant la base lunaire. Prétextant une panne du satellite lunaire de liaison, la compagnie minière les laisse sans images et sons provenant de la Terre, qui pourraient leur apprendre la vérité sur leur situation. Seule une liaison régulière permet au clone de parler avec sa fausse famille restée sur la planète bleue, ainsi qu‘aux responsables techniques de la base.
Ce brouillage est donc un élément important et pertinent du scénario, il n’y a là aucun doute ! Mais sa réalisation technique concrète relève encore une fois d’un délire complet, de l’invraisemblance ! Un brouillage au niveau des installations de communications à l’intérieur de la base aurait suffit !

 

moon clon surface
Soyons logique. Le coût exorbitant de ces tours relais lunaires suffiraient vraisemblablement à payer plusieurs voyages aller-retour Terre-Lune pour un ou deux employés lunaires…
Moon nous propose donc une histoire justifiée par le cynisme financier des multinationales voulant économiser sur l‘humain, ce qui est très vraisemblable, mais qui entraîne des dépenses délirantes pour mener à bien ce plan de réduction des coûts… Cette illogisme narratif gâche quelque peu notre plaisir.

En réalité, si mon analyse n’est pas fausse, il me semble bien que ces tours relais, qui doivent bien faire vingt mètres de haut,  n’ont été conçus que pour satisfaire le désir du réalisateur de filmer le plus possible la surface de la Lune et voir rouler des gros véhicules sous le clair de Terre…
C’est bien sûr possible de concevoir un scénario, une histoire à partir d’un lieu, d’une ambiance. C’est même conseillé ! Mais cela ne justifie en rien au final une telle absurdité technique, absolument pas crédible, et qui fait sourire au visionnage du film !

Pour résumer, il faut dépenser des dizaines de milliards de dollars dans ces tours gigantesques, dans l‘installation du sous-sol de la base abritant des dizaines de clones prêts à être réveillés, tout cela pour installer un unique clone au commande de la base lunaire, alors qu‘il suffit de laisser un groupe de robots faire le travail…

C’est invraisemblable.

Et si vous percevez, ne serait-ce qu’une seconde, ces invraisemblances durant le visionnage, Moon perd soudain de sa pertinence, devient abstrait au plus mauvais sens. Une histoire a besoin d’une réelle justification pour être crédible.


De belles scènes malgré tout


Le plus terrible est là. L’exercice d’un peu de bon sens détruit immédiatement l’idée de base du film. Il suffit comme je l’ai fait d’y réfléchir quelques minutes…
Et cela est terrible pour le scénariste-réalisateur de Moon… Comment est-ce possible de consacrer des années de sa vie à faire un film de SF aussi faible sur le fond ? Avec aussi peu de réflexion intellectuelle, de souci de faire original, de respecter un minium de crédibilité du comportement humain, de s’appuyer sur des hypothèses cartésiennes et non fantasmatiques, voir carrément des clichés ?

À contrario, il y a des moments du film forts et bien écrits qui concernent directement le clonage cette fois, et qui vient tempérer mon jugement tout de même assez sévère sur le scénario.

 

moon famille

Une fois une tour de brouillage détruite, les communications avec la Terre rétablies, l’un des clones tente de contacter sa famille sur Terre.
Mais il tombe sur une jeune femme, qui n’est pas sa femme. Sa petite fille est devenue adulte. Et en vérité, l’original de tous ces clones lunaires est décédé… Cette révélation est vraiment troublante, plonge les clones dans un abime supplémentaire de solitude, de frustration. Même leur vie de famille leur est volée, complètement artificielle, fausse…
À mon goût, c’est certainement la scène la plus réussi du film par son aspect humain.

L’entraide entre les deux clones dégage également un sentiment fort au final du film. L’un se sacrifie pour que l’autre puisse aller sur Terre, et échapper aux tueurs envoyés par la compagnie minière. Peu importe finalement qui se sacrifie ! L’un est l’autre, l’autre est l’un… La logique narrative me semble là bien mise en place, cohérente avec tout le film.

La fin du film


La toute fin du film, une fois le clone ayant réussi à s’échapper de la base lunaire par le système d’envoi de l’Hélium 3, suggère que son arrivée sur Terre est couronné de succès. Les agissements de la compagnie minière sont mis sur la place publique et réprouvées. Une fin optimiste donc.
Qui me laisse là encore sur un doute profond sur la structure narrative du film. Le succès de l’évasion du clone ne me gêne nullement ! Mais il y avait bien plus fort à faire, plus cynique, moins manichéen aussi paradoxalement…
Et si sur Terre, tout le monde était au courant ? Si tout le monde s’en fichait de ces clones ? Si le clonage à but économique était monnaie courante ? Si la compagnie minière n’agissait pas en secret, mais dans le cadre d’une société terrienne qui admet ces pratiques peu ragoûtantes, sous le prétexte sans doute de sauvegarder des vies humaines, des vraies naturellement..?
La toute fin du film nous aurait fait oublier je crois les faiblesses de scénario ! L’envie du scénariste-réalisateur de dénoncer le clonage humain aurait alors pris une ampleur tout autre !
Mais non, là encore, la faiblesse narrative de Moon est criante… Nombre d’épisodes de La Quatrième dimension, d’Au-delà du réel, de X-files lui sont bien supérieurs en qualité d’histoire !


Conclusion

 

Duncan Jones a réalisé visuellement un film des années 70 avec un scénario des années 70, voir même plus ancien encore… Sans vouloir assimiler par ailleurs les bons auteurs de l’époque à la piètre qualité du scénario de Moon !
Il y a là un souci structurel profond. Nous sommes au 21ème siècle, avec 40 années d’écriture SF supplémentaires, tant livresque que cinématographique. Il faut bien en tenir compte, d’une manière où d’une autre ! Le rejet des images de synthèse, effort louable, ne peut aucunement justifier le rejet de la modernité du récit, de sa vraisemblance tout simplement ! Pelot, Simmons, Banks, Reynolds, Brusselo sont passés par là, il me semble, et tant d’autres ! Sans parler de Dick bien sûr, si présent au cinéma.

 

moon surface
Les choix ne sont guères nombreux…
Soit vous filmez une histoire contemporaine, saine au niveau narrative, avec un décor à l’ancienne.
Soit vous filmez une histoire archaïque, très traditionnelle, avec une esthétique novatrice.
Soit alors, plus audacieux encore, vous filmez une histoire novatrice avec une esthétique novatrice.
Soit vous vous fichez de cela, et vous vous situez ailleurs, dans une complète autonomie !!! Ce qui est sans doute le plus difficile à réaliser…

Moon n’est pour moi dans aucune de ces catégories…
Je trouve cet état de fait assez inquiétant… Non que je sois contre la poésie d’une idée, d’un fantasme, le mélange du réalisme d’un décor et une histoire démentielle, invraisemblable ! Mais Moon se présente comme un film visuellement et socialement hyper réaliste. Il devrait alors en assumer les exigences scénaristiques de réalisme social et humain. Le réalisme visuel ne peut suffire à faire un bon film crédible narrativement.

Je sais que la critique est facile, je n’ai pas encore écrit de scénario de long métrage de SF, n‘est-ce pas… Malgré tout, Moon est, me semble-t-il, une occasion gâchée de faire un film référence, un film qui marque son époque, qui éclaire les consciences sur les avancées des biotechnologies ! Les films SF indépendants, ou éloignés du pur Entertainment sont suffisamment rares…
Plusieurs films récents de SF sont bien mieux écrits, Bienvenu à Gattaca d’Andrew Nicols, Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders, Wonderful days dessin animé du Sud-Coréen Kim Moon-Saeng, voir même Clones de Jonathan Mostow, film hollywoodien qui évoque d’ailleurs plus la robotisation, le titre étant trompeur. Tous sont basés sur une hypothèse de base crédible, réellement terrifiante, avec des comportements humains réellement humains…

Alors que Duncan Jones se cantonne à un moralisme superficiel, que je pourrai cruellement résumer en deux axiomes, Le clonage humain, c’est pas bien, il faut le dénoncer, et Les multinationales sont très méchantes
Ce n’est pas avec cela que l’on conçoit une histoire susceptible de tenir debout, qui va véritablement entrer dans la tête du spectateur pour ne plus en ressortir ! Sans vouloir être trop définitif, il me semble qu’en Science Fiction, nous ne sommes pas dans une action consolatrice, mais dans la volonté de comprendre le monde, de l’affronter en face. Duncan Jones ne l’a visiblement pas compris, ou n‘en a même pas conscience.

Moon reste donc à mon sens un film de décorateur, pas de scénariste, sans que le mot décorateur soit péjoratif !
L’indépendance supposée d’un film vis-à-vis d’un cinéma purement commercial n’est pas tout. Il faut aussi ne pas se contenter de la première idée venue, ce que confirme Duncan Jones lui-même dans les bonus du dvd. Il a eu envie de raconter une histoire de clonage humain, de filmer une base lunaire, il a écrit le scénario vers 20, 25 ans, a mis 10 ans à monter matériellement son film, sans plus réfléchir visiblement à ce qu‘il avait à dire, à sa responsabilité d‘avoir l‘opportunité de faire un film de SF.


L’idéologie de l’auteur solitaire, du réalisateur qui n’a besoin de personne pour créer un chef d’œuvre est pour moi véritablement à jeter à la poubelle… Les producteurs de Moon auraient tout simplement du exiger de Duncan Jones qu’il fasse réécrire son scénario par des auteurs de SF, des scénaristes chevronnés, susceptibles d’en sentir les faiblesses structurelles évidentes.
Écrire une histoire de haut niveau n’est pas à la portée du premier venu. Faire de l’image, ce que Duncan Jones sait faire avec talent, n’est pas faire une histoire. Chacun sa compétence, qui toutes fusionnées donneront alors un film formidable.


Elargir le sujet


Pour élargir cette chronique j’aimerais revenir sur le sujet même du film, le clonage. Ce n’est que ma sensation propre, elle est donc contestable, mais je ressens intuitivement le clonage humain comme en réalité une arlésienne en SF, quelque chose de bien peu intéressant sur quoi écrire, car sans intérêt réel.
À quoi bon cloner une armée ? Il suffit de fabriquer un ennemi à une population. À quoi bon cloner des employés, des esclaves ? Il suffit de les pressurer, voir de les affamer pour qu’ils accomplissent n’importe quelle tâche.
À la limite, le clonage individuel, en de rare occasion… Et encore, une chirurgie esthétique, un androïde peut suffire à créer des doubles…

Le clonage est presque un faux sujet, empreint de naïveté, finalement assez daté, très difficile à transformer en récit original, doté de sa propre autonomie ! Alors que la sélection, l’innovation génétique ou robotique constituent un vrai sujet, très contemporain, et d’avenir.
Les années 1990 ont vu les premiers animaux clonés, les premières réalisations spectaculaires, le début commercial des premiers clones, notamment bovins ou de chevaux de courses reproducteurs.
Du fantasme, cette technique, très mal maîtrisée à vrai dire, est passée à une réalité assez décevante. Le clonage a perdu ce qui faisait son mystère, son aura terrifiant. Le clonage animal n’est plus un repoussoir ultime ou un espoir, c’est devenu une technique bio-industrielle contestée, pas très intéressante, dangereuse pour la diversité biologique.

Dans le futur, des êtres humains modifiés sont une quasi certitude. Des êtres humains clonés restent un fantasme, une possibilité bien peu intéressante…

En réalité, il convient peut-être de ne pas d’écrire une histoire sur le clonage, mais sur la ou les raisons même qui justifieraient l’usage du clonage ! C’est là où devrait se porter l’effort, dans la relation étroite entre cause et effet.
Moon se concentre surtout sur l’effet, ce qui explique à mon avis la déception qu’il m’a procuré, sur le plan narratif.

À la réflexion, il me semble également que nombre de films, de livres semblent uniquement se préoccuper de clonage humain. Certes, nous sommes forcément intéressé à l’avenir de notre propre espèce, c’est bien compréhensible ! Pourtant, il y aurait tant de choses passionnantes narrativement à cloner, des arbres aux baleines et autres bêtes, en passant par les machines, les objets bien sûr, ce qui est déjà arrivé avec l’industrialisation ! Sans oublier les sentiments, les pensées, d‘autres choses encore…
Se contenter du seul clonage humain est finalement très réducteur… Chercher d’autres sujets de clonage et sans doute déjà une première démarche à faire, avant l’écriture d’un récit sur ce sujet. Quitte à revenir à l’humain au bout de cette recherche, mais avec alors de nouvelles idées…

Tout un pan de la fabrication d’un film, la narration, n’est donc pour moi pas là dans Moon, à l‘esthétique par contre fort réjouissante.
Et c’est bien dommage pour nous tous…
Gulzar

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Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 19:20

Bonjour à toutes et à tous !

Comme promis il y a déjà plusieurs mois, voici la chronique d’un livre scientifique réputé que l’on m’a chaudement recommandé de lire, puis donc prêté, soumission à l’autorité de Stanley Milgram.

 

couv milgram soumission autorite

 

soumission à l’autorité
De Stanley Milgram
Calmann-Lévy, collection Liberté de l’esprit
Édition de 1974, réédition de 2009, 22€, vous savez tout !


Tout comme moi, vous l’avez donc lu, ou du moins entendu parlé, tant les travaux de l’équipe de Milgram, docteur en psychologie états-uniens, ont troublé la vision quelque peu manichéenne que nous avions de nous-mêmes devant ce phénomène étonnant, l‘obéissance à l‘autorité en cas de conflit moral. Très peu de gens désobéissent dans les faits à un ordre entrainant de la souffrance humaine, voir la mort d‘autrui, du moment qu‘il soit édicté dans un cadre social qui le légitime (armée, religion, gouvernement, entreprise, secte, etc…).

Lapidairement, voici ce que nous pensions confortablement ; seul(e)s les monstres psychopathes, anormaux, peuvent perpétrer des actes amoraux violents... Et voici qu’entre 1950 et 1963, visiblement très troublé par le haut degré d’obéissance des peuples sous contrôle nazi d’Europe (Allemagne d‘abord mais également Ukraine, France, Tchécoslovaquie, Pologne, etc…) durant la seconde guerre mondiale, ainsi que les exactions des soldats américains durant la guerre contre le Vietnam, Stanley Milgram entreprend une série de travaux expérimentaux sur le comportement humain de gens ordinaires face à l‘autorité, avec donc la rigueur mais aussi les limites que cela impose.

Le résultat de ces expériences, sujettes du livre donc, va troubler, choquer, horrifier, déconstruire l’image que nous nous faisions de nous-mêmes, gentils humains civilisés, explorer la fabrication de l‘obéissance, sans laquelle il n‘est guère possible de bâtir le type de sociétés dans lesquelles nous vivons, et ce sur les cinq continents…
Le manichéisme rassurant qui sépare le bien du mal, la foule ordinaire des monstres sanguinaires se fissure gravement, nous laissant décontenancé. Il nous paraît impossible que nous nous comportions de la même manière que les sujets des expériences menés par Stanley Milgram… Et pourtant !
Plus même, il dégage scientifiquement quelques axiomes comportementaux qu’il est possible bien sûr de ressentir intuitivement, pour peu que l’on soit débarrassé(e)s de certaines œillères mentales, axiomes que les gens de pouvoir les maîtrisant parfaitement…
Laissons la parole à Stanely Milgram :
C’est peut-être là l’enseignement essentiel de notre étude : des gens ordinaires, dépourvus de toute hostilité, peuvent, en s’acquittant simplement de leur tâche, devenir les agents d’un atroce processus de destruction.
… dans une situation réelle en train de se dérouler (en l’occurrence torturer à l’électricité une personne), les valeurs individuelles ne sont pas les seules forces impliquées.
… Beaucoup d’entre eux ont été incapables de traduire en actes et ont continué à participer alors même qu’ils blâmaient leur manière d’agir.


Bien sûr, je ne vais pas vous réécrire le livre… Néanmoins, je vais tenter de longuement vous le résumer, tant il me semble fondamental. 

Les sujets de l’expérience


Les sujets qui seront soumis aux tests ont été recrutés par petite annonce, faussement rédigée… L’expérience est présentée comme ayant pour thème l’apprentissage de la lecture, avec un modeste remboursement des frais de voyages. L’argent ne peut donc constituer un but pour les sujets, une motivation matérielle les poussant à obéir sous peine de perdre une récompense pécuniaire.
L’équipe de Milgram a ensuite sélectionné sur des centaines de réponses des gens quelconques, en grande majorité de hommes… Toutes les classes sociales sont représentées, et ce dans chaque expérience.

Les différents dispositifs expérimentaux

et leurs résultats…


De 15 à 450 volts
Le dispositif est on ne peut plus simple… L’on explique aux sujets qu’il est donc là pour participer à une expérience sur la mémorisation du vocabulaire. Un élève est sur un chaise, avec un bras attaché, qui peut recevoir des décharges électriques.
Le sujet de l’expérience est placé devant un pupitre avec toute une série de boutons, marqué de 15 à 450 volts. Il doit énumérer une série de quatre mots à l‘élève, qui doit alors les répéter dans l‘ordre. S’il se trompe, le sujet doit lui envoyer une dose de plus en plus forte d’électricité…
L’expérimentateur assure au sujet que l’élève ne risque rien, pas de lésions. À aucun moment, il ne parle de sanctions quelconques si le sujet arrête l’expérience. 
Au fur et à mesure de l’expérience, l’élève se trompe, se plaint de douleurs, veut arrêter l’expérience, souffre ostensiblement, hurle qu’il veut arrêter, qu’il veut partir !

Bien évidemment, il s’agit d’un comédien, qui ne reçoit strictement aucune décharge… Toute l’expérience est truquée, bien que très réaliste, se déroulant dans un prestigieux laboratoire de l’Université de Yale.
Mais concrètement pour le sujet, soyons clair, cela revient à lui ordonner de torturer l’élève, purement et simplement !

Et bien pas un, pas un seul refusera dès le départ. À aucun moment. Tous et toutes accepteront ce principe d’envoyer des décharges électriques à quelqu’un. Ce qu’il n’aurait jamais fait à leur conjoint, leurs enfants, leur voisins, voir même à quelqu’un qu’il n’aime pas !
Simplement parce qu’il s’agit d’une expérience scientifique, validée par une autorité scientifique, en l’occurrence l’expérimentateur.
L’élève perd alors son statut d’être humain égal au sujet, à l’expérimentateur. Il devient objet d’expérience…

Les résultats sont impressionnants…Selon le type d’expérience, cela va de plus de 50 % de sujets qui vont jusqu’à 450 volts jusqu‘à seulement un ou deux dans d‘autres, sur des groupes tests de 40 personnes… Dans un unique cas d’expérience, la limite ne sera pas atteinte par au moins un sujet…
Surtout, une grande proportion de sujets dépasse allègrement la centaine de volts, à partir de laquelle l’élève commence à protester, à se plaindre de douleurs, à refuser de continuer l’expérience…
Et où eux-mêmes commence pour la plupart à douter, à se rebeller parfois en paroles…

Dernier aspect des expériences de Milgram, et pas les moins intéressants, l’entretien qui suit l’expérience avec le sujet. D’abord par simple humanité ! Milgram leur explique alors que l’expérience ne portait pas en réalité sur le vocabulaire, mais sur l’obéissance à une autorité, que l’élève est un comédien, qu’il n’a jamais eu à souffrir réellement des comportement du sujet. L’élève est aussi présent, en bonne santé !
L’entretien permet aussi d’entendre les explications du sujet sur l’expérience, comment il parvient plus ou moins maladroitement à justifier son attitude, qu’elle soit de soumission ou de rébellion, même tardive... Milgram s’est tenu aussi à banaliser leur comportement, à éviter que les sujets ne se voient plus que comme des monstres, à les rassurer sur leur normalité !

Certains resteront persuadés à jamais que c’était bel et bien une expérience sur le vocabulaire, d’autres en sortiront troublés. Beaucoup de volontaires ne regretteront pas l’expérience, les ayant fait prendre conscience d’eux-mêmes face à l’autorité, approuvant même ce genre d‘expérience.

La présence physique de l’expérimentateur dans la pièce
La première série d’expériences se déroule en présence de l’expérimentateur, dans la même pièce que le sujet. C’est cette série qui obtient le taux d’obéissance à l’autorité la plus forte.
À chaque fois que le sujet doute, l’interroge il lui répond fermement, sans s’énerver, Continuez l’expérience… L’élève ne subira aucune lésion… Vous devez continuer l’expérience…
Dans de nombreux cas, l’indifférence au sort de l’élève est complet ! L’important semblant être de satisfaire l’expérimentateur, l’autorité qui lui a fait confiance pour mener à bien l’expérience !
Un rare cas intéressant de refus rapide, ferme et définitif provient d’un théologien, au nom de la loi divine qui commande de ne pas faire souffrir autrui. Il substitue à l’autorité humaine l’autorité de Dieu ! Mais pas son propre jugement…

L’absence physique de l’expérimentateur dans la pièce
Dans ce cas là, le sujet doit appeler l’expérimentateur par téléphone an cas de problèmes. Le taux d’obéissance chute alors très significativement. Peu de sujets vont jusqu’au 450 volts. L’absence physique de l’autorité influence donc le comportement du sujet, alors plus en capacité de se rebeller et de cesser cette atroce expérience…
Devenue plus abstraite, l’autorité perd de son influence. Certains sujets vont même jusqu’à mentir, affirmant infliger jusqu’à des centaines de volts, alors qu’ils n’ont pas dépasser en réalité quinze volts !

Cela m’a rappeler un témoignage entendu récemment à la radio, sur la garde à vue litigieuse en France de syndicalistes après une manifestation. Suivant bêtement le règlement qui exige normalement que l’on fouille à nu toute personne mise en garde à vue, le fonctionnaire de police fait déshabillé un à un les syndicalistes dans une petite pièce, les humiliant par le simple fait de respecter une règle édictée par une autorité qu’il juge légitime.
L’un des syndicaliste lui fait tout de même remarqué qu’ils ne sont pas de dangereux trafiquants, qu’ils ne dissimulent dans leur anus ni armes, ni drogues… Surtout que l’autorité n’est pas présente dans cette pièce sans caméras de surveillance, qu’il peut très bien arrêter de les humilier ainsi avec cette mise à nu disproportionnée, sans subir de sanctions ! Ils sont des syndicalistes, pas de terroristes, et seront libres dans quelques heures, vu qu‘ils n‘ont rien fait…
Après avoir encore fait mettre à nu encore 4, 5 personnes, le fonctionnaire de police arrête, se contentant d’une palpation de leurs vêtements. Il est parvenu alors à remettre en cause un règlement complètement inique dans ces circonstances et à adopter un comportement humain.
Parce que l’autorité était absente physiquement… Et que le syndicaliste s’est lui-même rebellé contre cette même autorité, entrainant le fonctionnaire à réfléchir, à revenir à la raison. Sans cet apport, le policier s’en était montré totalement incapable…
La rébellion à une autorité illégitime dans son inhumanité à donc été collective et non solitaire.

La présence physique de l’élève
Dans ce type d’expérience, l’élève est présent dans la même pièce, ou visible par une baie vitrée dans une pièce contigüe. Le sujet peut donc l’entendre et le voir.
Le taux d’obéissance reste fort, mais une autre configuration entraîne une obéissance encore plus forte.

L’absence physique de l’élève
Dans ce type d’expérience, le sujet sait que l’élève à qui il inflige les chocs électriques est présent dans la pièce d’à côté, mais il ne peut que l’entendre, pas le voir.
L’élève distancié, le taux d’obéissance est plus élevé. Ce qui n’empêche pas certains sujets alarmés par le silence de l’élève, d’abandonner leur poste et de se précipiter pour ouvrir la porte et aller s’enquérir de son état de santé !

Le cœur malade de l’élève
Autre variante intéressante de l’expérience, on annonce au sujet avant de démarrer que l’élève souffre du cœur. L’élève en fait état durant ses protestations, soigneusement écrites à l’avance.
Et bien malgré une inquiétude accrue pour l’élève, les sujets n’ont guère tenu compte de ce paramètre médical. Ils ont continué à lui infliger de fortes décharges électriques, certains allant à nouvea    u au terme des 450 volts…
Là encore, l’inquiétude des sujets pour l’élève, voir même des propos très durs à l’encontre de l’expérimentateur faisant prendre trop de risques au malheureux élève ne suffisent pas. Ils continuent l’expérience malgré tout… La parole les soulage mais ne constitue pas véritablement une rébellion.
L’élève est devenu objet d’expérience, et à perdu son statut d’être humain…

Sujets en groupe
Variante très intéressante de l’expérience, cette fois-ci, il y a trois sujets, dont deux complices et un seul sujet véritable. Leur tâche est désormais divisée en trois. L’un pose les questions, le second choisit la sanction et ordonne au troisième, le sujet véritable, d’appliquer les chocs électriques en appuyant sur le bouton adéquat du pupitre.
Puis un conflit éclate entre les deux sujets complices, sans que l’expérimentateur ne parvienne à les ramener à continuer l’expérience.

Presque invariablement, le troisième sujet véritable suit les deux autres, se rebelle avec eux au final. L’expérience est arrêtée, n’allant jamais jusqu’au 450 volts. La meilleur possibilité de rébellion face à l’autorité est donc collectif et non solitaire.

Changement de statut de l’expérimentateur
Ironique variante, sous le prétexte d’un retard de l’élève, l’expérimentateur ne voulant pas annuler l’expérience, il prend la place de l’élève sur le fauteuil de torture…
Deux possibilités sont alors mises en place
Soit l’expérimentateur est remplacé par un autre expérimentateur, avec le même statut sociale, la même manière hautaine et sûr de lui de s’exprimer. Et alors le sujet offre la même prédisposition à l’obéissance ! Que ce soit l’expérimentateur qui vient quelques minutes avant de l’accueillir qui souffre, supplie qu’on arrête, n’y change rien. Il a perdu son statut d’être humain par le simple fait du dispositif expérimental. Assis sur le fauteuil, le voilà devenu un élève, sujet d’expérience…
Soit l’expérimentateur est remplacé par un personne non scientifique, un rtechnicien du laboratoire par exemple. Alors le taux d’obéissance chute fortement. Le sujet n’obéit pas aux ordres de quelqu’un qu’il ne reconnaît pas comme expérimentateur, porteur de l’autorité scientifique.

Hommes et femmes
Un groupe de femmes a été étudié comme sujette de l’expérience. Les taux d’obéissance sont à peu de chose près les mêmes, très légèrement inférieures… Avec un souci plus fort de la bonne santé de l’élève, mais sans que cela ait d’influence sur leurs actes concrets.

Le lieu de l’expérience
Dernière variante remarquable, le lieu de l’expérience. Dans un premier temps, elles ont toutes eu lieu dans un laboratoire de psychologie de l’Université de Yale, afin d’asseoir le statut social de l’expérimentation. 
Ensuite, les mêmes dispositifs ont été expérimentés dans un autre cadre, hors université de Yale, dans des bureaux anonymes dans un immeuble banal. Stanely Milgram, cherchant à affiner sa compréhension des mécanismes de l’autorité, a souhaité enlever un paramètre, le décorum imposant et statutaire du laboratoire scientifique, qui plus est dans une faculté prestigieuse comme celle de Yale, que l’on pourrait comparer au CNRS en France, pour le remplacer par un lieu sans prestige, tout juste correcte, aseptisé.

Fondamentalement, rien ne change… Le degré d’obéissance reste le même, avec une très légère baisse.
C’est donc bel et bien l’autorité sociale accordée à l’expérimentateur, au scientifique porteur de l‘autorité de la connaissance, qui crée les conditions de la soumission et non le lieu architectural de l’expérience.
Ceci dit, comme le remarque Milgram, l’expérience n’a pas été poussée jusqu’au bout. Si les sujets avaient été amenés à se soumettre dans le cadre de ces expériences dans un camping, sur la plage en pleine été ou dans une forêt, c’est-à-dire dans un lieu jugé totalement décalé et inapproprié pour la Science, auraient-ils eu le même comportement ? Rien n’est moins sûr ! Le cadre de toute autorité garde certainement son importance pour son exercice sur une population. Il suffit de voir le soin de tout pouvoir à se mettre en scène, tant architecturalement (palais à colonnes) que médiatiquement (costume cravate pour les occidentaux et occidentalisés)…
D’ailleurs, qu’auraient donné les expériences de Milgram si l’expérimentateur s’était habillé en clown ou d’une salopette d’électricien au lieu d’une blouse de scientifique de laboratoire ? Aurait-il eu la même autorité ? J’en doute ! 


Conclusion scientifique


Stanley Milgram n’est pas là pour solutionner l’être humain. C’est très réconfortant à la lecture ! C’est un scientifique, qui par ses expériences, répétées d’ailleurs largement dans le monde avec à peu près les mêmes résultats, a été amené à nous mettre face à notre propre comportement social.

Il dégage de ses expériences la notion d’agentisme, au sens ou lorsque nous rentrons dans une hiérarchie, et donc une soumission à une autorité reconnue et acceptée, nous acceptons, de part la nature humaine, de devenir un agent, qui agit sous les ordres venus d’en haut mais perd la conscience que c’est bel et bien l’agent, il ou elle, qui les commet physiquement, et non son supérieur ! L’agent se dégage de toutes responsabilités dès que l’autorité assume la dite responsabilité d‘un ordre. Alors que physiquement, l’agent est bel et bien responsable des actes commis !
Par contre, si l’autorité cesse d’assumer ou de donner des ordres clairs, elle perd son influence sur l’agent, qui alors peut redevenir un individu, retrouvant alors son sens moral, s’il existe bien sûr…

Ce phénomène semble-t-il est donc une règle commune à l’espèce humaine, tout comme nous avons besoin de nous alimenter et de nous reproduire… Nous obéissons, mais pas à n’importe qui. Pire même, la personne qui incarne l’autorité a même plus d’importance que l’acte demandé lui-même et la personne qui subit les conséquences désagréables des ordres donnés. Ce que résume très bien Stanley Milgram :
Qu’est-ce qui contraint le sujet à demeurer dans son état de soumission ?
En premier lieu, toute une série de « facteur de maintenance » l’enferme dans la situation (politesse, désir de tenir la promesse faite à l’expérimentateur, perspective embarrassante de lui refuser son concours).
En second lieu, un certain nombre de processus d’adaptation transforment le mode de pensée du sujet et sapent en lui toute velléité de révolte.
… Ces mécanismes interviennent régulièrement chez tous ceux qui, pour obéir aux ordres de l’autorité, se livrent à des actes répréhensibles contre des êtres sans défense.

Alors bien sûr, il ne faut pas voir là une règle absolue, permanente. La psychologie sociale n’est pas une science exacte mais humaine !
Il existe aussi une bonne raison, très concrète, pour ne pas généraliser dramatiquement. Tous les sujets des expériences de Milgram sont volontaires, il faut le rappeler. Et dans la vie courante, hors laboratoire, tous les humains ne se précipitent pas pour devenir soldats ou être embauché(e)s dans une administration ou une multinationale. Il y a donc une résistance à l’autorité du fait qu’une partie de la population refuse d’entrer dans un système d’autorité disons forcé et contraignant au-delà de l’autorité nécessaire à la bonne marche de nos sociétés (règles de la route, obéissance de l’employé pour un petit patron, autorité des parents sur les enfants, etc…).
C’est d’ailleurs pour cela qu’il existe encore les dictatures militarisées ! Pour contraindre la population à obéir sous peine d’emprisonnement, de torture, de mort. A moins bien sûr, hypothèse plus sinistre encore, que ces dictatures n’aient pas découvert encore la possibilité de se faire obéir plus souplement dans une société démocratique…

Stanley Milgram n’a donc pas œuvré pour une quelconque tentative de supprimer l’autorité, la dissoudre dans une anarchie salvatrice, tant sociale que familiale ! Ses travaux sont simplement scientifiques, et par là non pas incontestables, mais profondément troublants car basés sur des faits.

Et les faits sont têtus. Nous obéissons beaucoup trop, alors que moralement, nous ne le devrions pas… Notre bonne éducation, notre idéal de non-violence ne résistent pas, ou très mal, face à une autorité légitime qui dévie vers la violence faite à autrui.
Citons encore Milgram sur un aspect intéressant de ce comportement :
L’un des mécanismes des plus caractéristiques est la tendance de l’individu à se laisser absorber si complètement par les aspects techniques immédiats de sa tâche qu’il perd de vue ses conséquences lointaines.


Prospectives


Ces expériences et leur publication ont ouvert sur une nouvelle perspective, nouvelle ne devant pas être pris au sens d’innovation mais plutôt de révélation d’un état méconnu, occulté, refoulé car profondément inconfortable.
Milgram contribue à détruire le mythe de l’Homme libre de ses faits et gestes selon sa propre morale, de l’Existentialisme Sartrien. Non, nous n’avons pas toujours le choix… Nous ne sommes pas des individus libres de tous nos mouvements, de toutes nos décisions. Pour cela, il faudrait s’isoler, vivre en homme, ou femme des bois ! Les travaux de Milgram remettent en cause cette véritable idéologie de l’individu, qui sert bien des intérêts. Car tout pouvoir, ou autorité, a toujours intérêt à individualiser chaque personne, à la rendre responsable de son destin, de la réussite personnel à la culpabilisation des chômeurs, plutôt que de lui laisser entrevoir la force de l‘action collective.

Voilà un enseignement fondamental je trouve de la lecture de ce livre, la conviction renforcée que la liberté de conscience, et surtout plus important, sa traduction réelle en actes physiques de résistance à une autorité malveillante, semble chez l’être humain s’acquérir collectivement, et non individuellement !

Le mythe du héros solitaire, seul(e) contre tous, est certes parfois plaisant narrativement dans la fiction, essentiellement anglo-saxon (Superman, L‘inspecteur Harry), mais constitue un non sens total socialement. C’est bien pour cela que ce mythe existe d’ailleurs, comme substitut à notre extrême difficulté à résister à toutes formes d’oppression… Alors que le récit européen privilégiera une lutte plus ou moins collective il me semble (le village d‘Astérix...).
Ce sont là deux manières de narrer une lutte contre l‘ordre établi ou une menace sur nos libertés, l’une fondamentalement réaliste, l’autre mensongère socialement, quelque soient leurs formes respectives, drôles ou dramatiques.
Car la liberté n’est au final pas individuelle, mais collective…
Milgram donne une précision sur l’après expérience :
Au cours de l’interview postexpérimental, lorsque nous demandions aux sujets pourquoi ils avaient continué, nous obtenions invariablement cette réponse type : « Je n’aurais pas agi ainsi de moi-même. J’ai fait ce qu’on me disait de faire, c’est tout. ».
… C’est toujours la vieille antienne de « faire son devoir » qui a été entendu maintes et maintes fois comme argument de défense au cours du procès de Nuremberg. Il serait faux cependant d’y voir un alibi fragile inventé pour les besoins de la cause. C’est plutôt un mode de pensée fondamental pour nombre d’individus à partir du moment où ils sont enfermés dans une situation de subordonné à l’intérieur d’une structure d’autorité. La disparition du sens de la responsabilité personnelle est de très loin la conséquence la plus grave de la soumission à l’autorité.

Le mythe du cerveau dirigeant le corps, deux entités presque séparés, en prend aussi pour son grade. L’esprit ne peut résister sans le corps… Cet dualité infernal s’est retrouvé dans les expériences de Milgram par les troubles physiques ressentis par bon nombre de sujets obéissants à contrecœur, mais obéissants tout de même. Ils suent, tremblent, rient nerveusement, se retournent sur leurs chaises…
Le corps semble dire non, alors que l’esprit dit encore oui à l’autorité… Ou plutôt, le corps exprime le trouble moral vécu par le sujet. Il traduit corporellement ce qui a du mal à s’exprimer verbalement.
Et surtout, la seule résistance à l’autorité ne consiste pas à l’abreuver de paroles réprobatrices, mais bel et bien de se lever et de quitter la pièce d’expérimentation ! Seul l’acte physique de résistance met fin à l’expérience, au supplice de l’élève.

Pour élargir encore sur une perspective millénaire, ces expériences sur l’autorité et sa soumission, ou non, nous font prendre conscience d’une évolution de l’être humain. Les diverses cultures, religions, lois, ont permis d’édifier un code moral, une maîtrise relativement parfaite de nos pulsions violentes individuelles. À l’âge adulte, nous nous contrôlons nous-mêmes. Nous ne nous battons pas à coups de poings à tout propos, ne violons pas au premier refus un être désiré, ne détruisons pas ce qui n’est pas à nous si nous ne pouvons pas l’avoir. Statistiquement, cela se vérifie, même si nous avons encore besoin d’un système répressif pour les cas où cet autocontrôle échoue.

Par contre, notre espèce n’a pas su construire une défense solide contre les pulsions collectives de violence, ordonnée par une autorité légitime. Notre pouvoir d’adhésion aux ordres que nous jugeons légitimes malgré leurs aspects inhumains, violents, meurtriers est très fort. Et donc permet le monde tel que nous le connaissons.
Milgram précis là encore le sens premier de ses expériences, réalisées après la période nazie :
Les tyrannies sont perpétrées par des hommes (je rajouterais des femmes) timorés qui n’ont pas le courage de vivre à la hauteur de leurs idéaux.
… sur le plan psychologique, il est facile de nier sa responsabilité quand on est un simple maillon intermédiaire dans la chaîne des exécutants d’un processus de destruction et que l’acte final est suffisamment éloigné pour pouvoir être ignoré.
… Il y a ainsi fragmentation de l’acte humain total; celui à qui revient la décision finale n’est jamais confronté avec ses conséquences.
… Au-delà d’un certain point, l’émiettement de la société en individus exécutant des tâches limitées et très spécialisées supprime la qualité humaine du travail et de la vie.

On ne saurait mieux dire… Songeons uniquement aux différentes bourses financières où les traiders semblent complètement incapables de relier leurs actions à de réelles activités industrielles et humaines…

C’est sans doute là que se joue le fameux progrès humain à venir, dont les philosophes et autres bonnes âmes nous accablent… Apprendre à contrôler son rapport à l’autorité, à dire non individuellement, et plus efficacement collectivement. Le contrôle des pulsions collectives relève d’un fantastique sujet d’Anticipation ! Comment résister à une autorité, sans pour autant détruire le principe même de l’autorité, utile socialement ? Comment vivre cette fois dans un monde sans autorité ? Avec l’aide d’intelligences artificielles, dégagées des passions humaines, à qui nous ferions confiance ? En éliminant la possibilité même du pouvoir ? Vaste questionnement ouvert…
Il est aussi concevable que seule une autre espèce parviendra à cet contrôle collectif…

Pour finir cette longue chronique, je laisserai conclure Stanley Milgram :
La psychologie sociale moderne nous apprend en effet une leçon d’une importance capitale : dans la plupart des cas, ce qui détermine l’action de l’être humain, c’est moins le type d’individu qu’il représente que le type de situation auquel il est affronté.

Pour tout amateur et écrivain de SF, citoyen dit ordinaire, soumission à l’autorité est vraiment un ouvrage indispensable à lire, clairement écrit.
Mais qui a véritablement envie de se connaître..?
Gulzar

Pour conclure cette chronique, rappelons que les travaux de Stanley Milgram et d’autres sur ce sujet capital de l’autorité, de l’obéissance et du refus à un ordre amoral a bien sûr influencé nombre d’œuvres écrites, de films. Même s’il n’existe pas apparemment de long métrage de fiction sur les expériences elles-mêmes, citons un film allemand récent, La vague de Dennis Gansel, que je n’ai malheureusement pas encore visionné

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 09:18

NOSTALGIE DE LA LUMIERE

Bonjour à toutes et à tous !

Un petit mot pour vous signaler la sortie d'un documentaire prometteur mêlant histoire politique et scientifique. Il s'agit d'un documentaire espagnol de Patricio Guzmán d'une durée de 1h30. Cette trame entre dictature, étoiles, souffrances et joie de la connaissance est originale.


Voici un petit résumé...
Au Chili, à 3 000 mètres d’altitude, les astronomes venus du monde entier se rassemblent dans le désert d’Atacama pour observer les étoiles. La transparence du ciel est telle qu’elle permet de regarder jusqu’aux confins de l’univers. Tandis que les astronomes scrutent les galaxies les plus éloignées en quête d’une probable vie extraterrestre, des femmes remuent les pierres, à la recherche de leurs parents (...)

Je vais le voir en salle et vous en ferai une chronique prochainement !

Gulzar

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 08:26

Bonjour à toutes et à tous.

 

Courte chronique BD sur le premier tome d'une série, Metronom', chez Glénat.

 

Metronom

 

La première page nous plonge immédiatement en pleine atmosphère d'Héroique Fantaisie ! Première surprise donc pour une histoire de Science Fiction ! Il s'agit en fait d'un livre, intéressant élément mystérieux de la série, qui se situe dans une "dictature démocratique" occidentale, où l'on demande au peuple de voter fréquemment par référendum sur des lois liberticides, présentées pourtant dans le cadre de la protection des libertés individuelles. Paradoxe fréquemment utilisé par tous pouvoirs...

Sans dévoiler l'histoire, il est pertinent je trouve de bien montrer que la révolte, le moteur de la narration viendra d'intérêt personnel, égoïste. Et ce par des individus proches du pouvoir. Le petit peuple est totalement exclu, il n'y a aucun mouvement de résistance, du moins dans le premier tome.


Seul souci, l'on ne sait rien de ce qui pousse la population a accepter ce système, quelle menace a bien pu être utilisé comme prétexte pour imposer le muselage complet des médias par exemple.

Cela rend l'histoire peu réaliste. Le régime politique est là, posé comme un éléphant à un carrefour, mais l'on ne sait pas d'où il vient...

 

Ceci dit, le style graphique précis, aux teintes marrons et rougeâtres, est agréable, le récit est tendu, l'on a envie de connaître la suite, pour 2011 sans doute.

Gulzar

 


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