Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 17:24

Bonjour à toutes et tous !

Enfin une petite chronique livre, mais pas encore une nouveauté ! Puisqu'il s'agit d'un vieux recueil de nouvelles de Richard Matheson, Les mondes macabres trouvé chez un bouquiniste...

Je ne vais pas vous passer en revue chaque texte, mais plus globalement, vous dire mon sentiment qui se dégage à la lecture. C'est la concision. Il écrit vraiment sans fioriture, parfois même à la limite de l'ascèse ! Il n'a pas besoin de perdre son temps en description.

Pour des textes datant des années 50, 60, l'on retrouve tout à fait ce style extrément fluide, dépouillé, comme celui d'Asimov par exemple que j'aime tant, même si là les thèmes sont plus fantastiques que scientifiques ou sociaux.
Nous sommes vraiment dans une autre époque. J'essaie dans ma propre écriture de retrouver cette simplicité de description, cette fluidité, ce sens de l'efficacité de l'histoire.
Mais en même temps, nous nous vivons aujourd'hui dans un monde beaucoup plus complexe, moins manichéen, moins simple.

Toute la SF des années 50, 60, en tous cas anglosaxonne, me donne l'impression d'être un glissement vers l'étrange, vers le doute d'un monde sans doutes ! Ou qui se veut comme tel. Ce que l'on retrouve aussi chez Stephen King.
Alors qu'aujourd'hui, le rideau s'est ouvert, nous vivons dans le doute permanent...

Pour résumer, les auteurs d'après la seconde guerre mondiale essayaient, et réussisaient, à mettre la pagaille, alors que nous en ce début de 20ème siècle, sommes dans la pagaille.
Mieux même, nous sommes cette pagaille !

A lire ses courts textes, je comprends mieux aussi que Richard Matheson ait travaillé comme scénariste pour l'image, tant pour la télévision que pour le cinéma.

J'ai d'ailleurs revu par hasard le film Duel de Steven Spielberg en pleine lecture du recueil, sans même savoir qu'il avait été le scénariste du film, à partir d'une de ses nouvelles ! Effectivement, l'on retrouve dans ce film bien filmé toute l'ambiance du recueil !

Matheson, c'est la recherche de l'histoire forte.
Beaucoup de mes ami(e)s, parfois pas du tout lecteur de SF, se souviennent d'un épisode en particulier de la "Quatrème Dimension", "Twilight Zone", qu'ils ont vu comme moi dans leur enfance, ou lors de visionnage de coffrets dvd.
Il s'agit d'un modeste employé de banque, qui se réfugie dans le coffre fort au sous-sol pour lire tranquillement. Une bombe tombe.Il est le seul survivant, sa femme qui se moquait de lui, de son goût pour la lecture au lieu d'être plus ambitieux est morte. Seul, perdu, il se réfugie à la bibliothèque de la ville, et entreprend de se faire des piles de livres à lire, jusqu'à la fin de sa vie.
Malheureusement, il trébuche, casse ses lunettes. Myope, sa vision devient flou, il ne pourra jamais plus lire...

Toute l'ironie de cet homme seul à tout jamais, privé des siens, privé de sa raison de vivre, résume bien le travail de Matheson, la fragilité du cerveau humain, la fragilité de la vie que toute la puissance de la civilisation tente de nous faire oublier.

A bientôt avec deux romans de Thomas Disch, qui s'est je crois malheureusement suicidé il n'y a pas très longtemps, l'excellent Génocides lu il y a deux, trois ans, et Camp de concentration que je dois absolument lire.
En effet, à lire la quatrième de couverture, j'ai pratiquement la même idée de nouvelle que le thème du roman... Que vais-bien pouvoir faire ? Abandonner mon idée, l'éloigner terriblement du roman, histoire de ne pas être bêtement pris pour un copieur ?!!!!

Les idées sont dans l'air, parfois elles reviennent. ce qui n'est guère surprenant d'ailleurs. Si l'on travaille sérieusement, si l'on analyse, si l'on s'instruit, si l'on connaît le comportement humains, alors les mêmes logiques infernales peuvent donner les mêmes réponses, donc les mêmes histoires...

Pour en savoir plus sur Thomas Disch, allez sur :


www.cafardcosmique.com/DISCH-Thomas

A bientôt !
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 17:17

Bonsoir à toutes et tous !
Me voici de retour après Noël.
J'ai presque fini mes recueils pour les éditeurs...
Après, je dois  finir également la nouvelle pour le concours d'Infini, qui j'espère aura lieu en 2010. je la prépare depuis six mois...

J'ai profité de ce dimanche pour aller voir Avatar, le dernier film en date de James Cameron, et en 3D.
Tout d'abord, ce témoignage n'est que le mien, malgré souvent un réel plaisir étrange de se sentir dans le décor, d'être physiquement au plus près des acteurs, la vision 3D m'a à la longue fatigué la vue. Ce qui amoindrit tout de même le plaisir.
Si ne voulez pas risquer pareil désagrément, allez le voir en 2D ! Mais j'ai voulu essayer, par curiosité.

Bon, venons-en à l'essentiel, au film ! Comme d'habitude, je ne vous raconte pas exactement le synopis. Sachez seulement le scénario reste classique, sans originalité dans sa structure générale.
Une firme, et non les USA du futur, le détail compte, exploite du minerai sur une planète lointaine, habité d'un peuple d'humanoïdes vivant dans une forêt recouvrant la planète. Un gisement de minerai est découvert juste sous l'arbre géant où habite une tribu...
Le mot "avatar" évoque des "faux indigènes", manipulés mentalement par des opérateurs qui, eux, restent dans la base militaire... Leur utilité recherchée est de faire le lien entre les humains et les indigènes.

Je n'évoquerai pas en détails les effets spéciaux, les décors. Mais d'une phrase, "Avatar" est une curiosité et une déception d'une certaine manière.
En effet, l'esthétique du film est assez daté !!! Même si tout est prodigieusement bien léché, les hélicos, les navettes, le vaisseau en orbite, la mine-base militaire sont très traditionnelles. Alors peut-être est-ce pour ramener le film à aujourd'hui, ne pas l'emmener trop loin, de peur de ne plus être en phase avec un très large public ?
Mais pour moi, qui attend beaucoup de chaque film de Cameron, c'est étrange à l'écran... Cela fonctionne certes, mais on a l'impression de déjà vu... C'est embêtant pour un film si attendu pour ces révolutions techniques, qui ne paraissent que régurgiter des ambiances déjà existantes dans le monde du récit d'Anticipation.

Pareils pour les indigènes, le peuple de Pandora. ce sont tous simplement les personnages des récits de Caza ! Cette couleur de peau bleue, ces yeux mangeant leur visage faient irristiblement penser à son oeuvre... Mais sans l'originalité des récits de Caza !
La trame narrative est aussi très inspiré de la série Aquablue, avec à nouveau les mêmes personnages à la peau bleue…

Par contre, je trouve que le sujet de fond est vraiment là. Celui du droit du plus fort à disposer du territoire, des ressources, et de la vie du plus faible technologiquement. Le film est sans pitié, très réaliste. Et si le peuple de Pandora gagne, fait fuir ses bourreaux humains, ce n'est que parce qu'un humain les aide, leur fournit une connaissance de l'ennemi, et quelques armes. Egalement parce qu'il ne s'agit que de quelques centaines d'humains mercenaires, pas d'une vraie armée qu'ils doivent combattre...
Il n'y a pas de morale absurde, hors de tout contexte réaliste.
Les mercenaires ne tuent pas par "haine naturelle", mais parce que leur vie est menacée, que leurs chefs leur présentent les indigènes comme des "sauvages", aculturés, des sous-hommes...

De même avec la relation qu'entretient le peuple de Pandora avec sa planète. Loin de tout délire mystico-africano je ne sais quoi, une explication scientifique nous est fournie. "Avatar" nous présente donc un monde réel, avec ses explications, même inconnu sur Terre, comme ce fameux vortex qui fait disparaître la gravité, où les montagnes volent...

Une très belle idée également est cette liaison que chaque indigène entretient, via sa longue natte de cheveux aux terminaisons nerveuses, avec sa monture "cheval" et "dragons". Cela renforce cette sensation de symbiose entre Pandora et ses habitants. Pandora, qui se révèle être une planète avec un réseau nerveux, une pensée, une possibilité d'action.
Exactement comme dans Solaris de Stanislas Lem !

Bref, malgré un certain sentiment de déception sur l'originalité de l'histoire, et plus encore sur l'esthétique du film, c'est du sacré bon boulot tout de même, mais sans l'émotion que procurait Titanic par exemple.

Surtout, ce film me donne envie de relire tout Caza, et Stanislas Lem.
Et de revoir un film qui va vous surprendre peut-être ! Il s'agit d'un film de Jim Jarmusch qui se déroule fin du 19ème siècle aux USA, "Dead Man", avec Johnny Deep, et une musique de Neil Young, que je vous conseille.

Nous sommes loin de la SF, mais une scène est à rapprocher d'"Avatar"... "Nobody", un indien ramené à l'Est découvre les grandes villes, les buildings, les voitures, les européens qui arrivent par millions pour envahir sa terre. Et lorsqu'il rentre parmi les siens, personne ne le croit... Personne ne peut croire qu'une telle chose est possible, si éloigné de la vie proche de la nature des indiens d'Amérique du Nord...

S'il y a une morale à dégager d'"Avatar", c'est bien celle-ci. Il faut croire au plus horrible, car il arrive. Il faut être fort pour se défendre. Il faut la technologie de vos ennemis, sous peine de succomber.

"Avatar" aurait pu être un film de Paul Verhoven...

A bientôt, avec une autre chronique !
Gulzar


Avatar, réflexion sur la couleur des personnages

Petit rajout à ma chronique sur le film de James Cameron, "Avatar". J'ai omis de parler de la couleur de peau des habitants de Pandora, la planète exploitée par les humains.

Ils sont bleus. Plus bleus encore que les personnages de Peyo !
Auraient-ils pu être d'une autre couleur, et laquelle ?

Vert ? Absurde, cela fait immédiatement référence à cette espèce de caricature de l'extra-terrestre.... Hors les habitants de Pandora sont chez eux...


Jaune ? Pourquoi pas ? Mais cela risque de faire girafe, vu leur haute taille et leurs peintures corporelles...

Rouge ? La couleur est aggressive, alors que ce sont eux les agressés...

Violet, Ocre, orange ? Ce n'a pas été le choix retenu....

Alors pourquoi le bleu a-t-il été retenu pour"Avatar" ? Sans doute pour son pouvoir relaxant, calme, qui rappelle paradoxalement la Terre.
Ce que fait subir à Pandora la firme venue de Terre pourrait bien nous arriver un jour prochain...

Essayer d'imaginer ces personnages avec une autre couleur si vous avez vu le film . Ce n'est pas évidemment ! La couleur de peau pour des êtres
extra-terrestres est une donné fondamentale lors d'un film, d'un récit.

Exactement comme dans les relations interhumaines.
Cela peut nous apparaître ridicule, sans objet, pourtant un forte partie de l'humanité est sensible à la couleur de peau des personnes auxquelles elle est confrontée... Toute l'idéologie du racisme est fondée sur ces fantasmes, sur la négation même de la notion d'espèce humaine unique telle qu'elle est sur Terre. La notion de races est sans objet. Seule la notion d'ethnicité est valable, c'est à dire de spécificités culturelles, mêlées ou non à des caractéristiques physiques négligables, tel la couleur de peau, la teneur d'oxygène dans le sang pour les humains habitant en altitude par exemple. Et encore, cette notion peut être aussi reprise à mauvais escient....

En voilà un thème de nouvelle SF, imaginer des êtres sans couleurs !

A bientôt pour une prochaine chronique en 2010. Bonne année à vous !
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 17:02

Bonjour à toutes et tous !

J'ai presque fini l'écriture final de mes recueils de 36, quai du Futur, qui partiront enfin la semaine prochaine pour L'Atalante, Denoël, Actu SF, Ailleurs & Demain, etc... Beaucoup de travail pour l'espoir d'être publié professionnellement ! Je compte surtout sur le second recueil 2010 qui ne comptera alors que des textes de 2009 et 2010 ! Et non des textes de 2007 et 2008 retravaillés...

 

 existenz-cronenberg

Mais ce soir, quelques mots d'Existen Z de David Cronemberg, que je viens de revisionner ! Petit rappel, ce film récent du plus grand cinéaste canadien vivant, n'ayons pas peur des mots, a pour thème la réalité virtuelle.
Existen Z est donc un jeu, une console vivante qui se branche sur le système nerveux des joueurs par une fiche située au bas des reins. Plein d'invention visuelles très utiles au récit, le film est vraiment plaisant à voir, bénéficiant je pense d'un budget conséquent, comme pour La mouche.


 

existenz1

En contrepartie, la toute fin du film est vraiment bâclée, chose étonnante chez Cronenberg. A sa sortie, tous mes ami(e)s et moi-même avions été déçus par les 3, 4 derniers plans, à peine digne d'une fin de mauvais feuilleton. Cronenberg est pourtant l'auteur du fabuleux Faux semblants que je vous recommande absolument si vous ne l'avez pas encore visionné !
C'est dommage, cela gâche un peu le plaisir final...

Ceci dit, le film reste très intéressant sur ce besoin de concevoir des systèmes de réalités "autres", qu'il devient de plus en plus impossible de distinguer de la "réalité objective", le monde physique, la nature...

Besoin ou perversion ? Perversion technologique sûrement !!! Mais après tout, le Théâtre Grecque, le Nabuki, les premiers contes que devaient se raconter nos ancêtres il y a 10 000 ans sont déjà des réalités alternatives...
Chaque journée de notre existence, même si nous n'en avons pas cosncience, est déjà une symbiose entre réalité physique (il va pleuvoir) et invention (le nuage ressemble à un gros lapin) !

Existen Z pousse cette logique jusqu'à sembler détruire le monde réel... Comme à son habitude, Cronenberg nous plonge en plein cauchemard !
Je puis aussi vous conseiller un bon film mexicain de SF encore plus récent sur le thème de la réalité virtuelle, bien plus prosaïque cette fois, Sleep Dealer d'Alex Rivera.

J'avoue que pour mon écriture d'Anticipation, je ne suis pas trop sensible à ce thème ! Je dois dire que j'ai dû jouer trois heures dans toutes ma vie à des jeux vidéos... "L'autre réalité" pour moi, c'est la littérature !
Même si j'ai réussi à déjà écrire une bonne nouvelle sur ce sujet, "Méchants Floupibougas", et qu'une autre est en cours d'écriture.
Je reste bien plus fasciné par l'influence des images sur le cerveau humain. Même si  c'est un sujet connexe.

La réalité virtuelle est aussi à mon avis un sujet délicat de SF pour ne pas se répéter, ne pas débiter des sornettes, des vaseuses prophéties lues dans le journal régional ou vues au journal de vingt heures...
Le thème du virtuel n'est à proprement parlé pas nouveau. C'est quelque chose qu'il ne faut pas oublier avant d'écrire... Ce besoin de se donner une vision, un calque déform du monde est très ancien. Il est naïf de croire qu'il est né avec Mister Pac Man !

D'ailleurs, c'est toujours le même doute, la même réflexion vertigineuse... Les possibilités techniques donnent-elles naissance aux besoins, ou bien alors les besoins physiologiques de l'espèce animal humaine nous poussent-ils à créer des technolgies pour les satisfaire ?

Chaque texte doit exploser le sujet des jeux vidéos, voir le rejeter, aller vers d'autres domaines, se baser sur le comportement habituel de tout pouvoir, sur le duo infernal dominés/dominants, sur l'économie.

Votre vie est merdique, achetez-en une autre...

Car à moins de concevoir d'autres types de réalités virtuelles, ou de revenir aux bonnes vieilles drogues hallucinogènes, le virtuel technologique coûte cher, ne peut être produit en petit comité !!!

Visionner des films comme Existen Z m'aide considérablement à créer de meilleurs textes sur les thèmes  des "autres réalités".
J'aime d'ailleurs beaucoup ce terme d'"autres réalités" !
Car il est suffisamment élargi pour  comprendre la réalité virtuelle, parallèle, objective, physique ; le jeu, etc...

Sans doute ce qui reste aussi de ce film dépasse son sujet principal.
Il s'  agit de cette fameuse console de jeu, fabriquée à partir d'un animal transformé. c'est vraiment une vision très sensuelle, très juste, très possible de l'avenir qui nous attend. Déjà, nous faisons fabriquer des médicaments par des plantes, juste retour à la source, puisque la médication consiste à utiliser des plantes !
Je travaille sur une novela, qui donnera un roman, sur l'avenir de l'industrie... C'est un sujet explosif ! Vraiment formidable, qui aborde la notion même du travail, du fondement des sociétés capitalistes au sens large, de comment produire sans tout détruire des ressources !

Je vous laisse, j'ai du travail d'écriture !
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 17:00

Bonsoir à toutes et tous !

Petite réflexion ce soir sur la notion de vraisemblance dans la littérature d'imagination.
Le mot a le mérite de décrire soigneusement ce que l'auteur et le lecteur a besoin ! Certes, peu importe "la véracité" de ce qui est écrit, ce n'est jamais que de la fiction, qui par définition est fausse !

Pour illustration, il me revient un exemple extrait d'un grand classique, "De la Terre à la Lune" de Jules Verne. Faute d'une fusée pour emmener les explorateurs sur notre satellite, ces derniers utilisent un canon creusé dans le sol, capable d'envoyer un obus creux et capitonné abritant les courageux qui s'apprêtent à affronter le froid de l'espace !

Jules Verne sait très bien que la vitesse d'éjection de l'obus tuera dans la seconde ses occupants, écrasés sous des centaines de G !! Et les lecteurs de l'époque aussi, du moins y penseront-ils certainement.
Donc jules Verne, de mémoire, invente un magnifique système de plancher à l'intérieur de l'obus reposant sur une série de ressorts compensant les effets de la poussée initiale. L'idée étant que le plancher s'enfonce, tandis que l'obus est éjecté du canon.

Autant vous dire que c'est pure délire ! Un tel système ne peut fonctionner ! Je me demande même si la vitesse d'éjection de l'obus permettrait à des bactéries de survivre !
Mais pour la lecture du roman, cela n'a aucune importance ! L'essentiel étant que les explorateurs "aient l'air d'avoir résolu le problème"...

D'où la notion de vraisemblance. Une explication, une solution a un problème sérieux est nécessaire dans une bonne histoire bien écrite, mais nul besoin "réel" que cela fonctionne !!!

Car le plaisir de lecture passe avant tout.
Mieux même, si l'on réfléchit, le lecteur doit avoir confiance dans l'auteur. c'est vrai après tout ! Il achète les livres, se déplace dans une bibliothèque pour l'emprunter, il est prêt à consacrer des heures à le lire.
Mais l'auteur doit aussi avoir confiance dans le lecteur, dans sa capacité à admettre l'invraisemblable, à se contenter parfois de vagues explications, ou bien alors d'un long et compliqué processus qui n'a guère de chance d'exister, voir de fonctionner, mais qui apporte tant de poésie, de possibilités narratives !

La série "Fondation" d'Asimov fonctionne je trouve sur lemême principe d'une grande invention très justifiée, à la limite de la crédibilité, la Psychohistoire d'Hari Seldon. Magnifique possibilité de prévoir l'Histoire, à laquel l'on adhère encore plus fort que les ressorts de Jules Verne !

Socialement, il est légitime également de se demander si les auteurs de SF, et de fiction en général, sont bien les seuls à employer la notion de "vraisemblance"...

Par exemple, il est vraisemblable que les banques sont aux services de leurs clients. Il est vraisembable que les gouvernements luttent contre la faim dans le monde, contre la pauvreté. Il est vraisemblable que... Tout les discours officiels ne cesse de nous le répéter....
En fait, nous vivons dans le vraisemblable sans bien nous en rendre compte, pour qui n'a guère ou pas de recul sur son environnement social.

Mensonge et vérité nous tiennent en tenailles...

La vraisemblance aux mains des auteurs de SF est éminement sympathique. Dans d'autres mains, je n'en dirais pas autant...

A demain !
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 16:57

Bonsoir à toutes et tous !

Chronique très "technique d'écriture" ce soir !
Sans donner un avis définitif, je voudrais aborder un point particulier, celui de la présence et de l'écriture des chiffres et nombre dans un texte SF. Ce qui d'ailleurs pourrait se généraliser à d'autres types de textes.

Il ne s'agit pas là des phrases du type "En l'an 3226, Omer monta au 156ème étage de la tour 45", qui effectivement nous donnerait à penser que l'auteur n'en est qu'à ses débuts...
Mais bien plus d'un détail qui a son importance. Comment écrire les chiffres et les nombres ? Et quelle implication concrète pour le lecteur cela a-t-il sur sa lecture ?

Soyons concret. Prenons un exemple.

Si j'écris "Chambre 53", que ce passe-t-il ? La lecture est rapide. le nombre ramènera directement à la vision d'un panonceau, d'une plaque gravé d'un 53. C'est pour moi une écriture extrêmement visuelle, qui nous ramènerait presque au cinéma, à la photographie.
Utiliser les chiffres plutôt que leur transposition littéraire est donc surtout une question de vitesse de lecture.
Et également de prendre un élément hors littérature pour l'incorporer à un texte.
Exactement comme certaines nouvelles ou romans policiers comportent une carte, un plan  de la maison où a lieu le drame ! Je pense à Gaston Leroux par exemple.
Un texte peut aussi incorporer une formule mathématique, un dessin, encore une carte pour les romans d'Héroïque Fantaisie ! Sans pour autant gâcher le plaisir de lecture...

Si j'écris "Chambre cinquante-trois", la sensation à la lecture n'est plus du tout  la même ! Il faut plus de temps pour lire, Le nombre n'est pas immédiat, il doit naître consciemment dans la tête du lecteur, il n'est pas donné. Le lecteur a un effort à faire pour conscientiser le nombre.

Passons aux dates.

Si j'écris "1947", pas de problème. même phénomène de rapidité, de compréhension immédiate.

Si j'écris "Mille neuf cent quarante-sept", vous trouverez cela long, beaucoup trop long peut-être...

De même pour "9h 32" et "neuf heures trente-deux" !
Et pourtant, c'est de la littérature ! Il n'y a rien de plus normal ! Imagine-t-on décrire un personnage par sa photo ? Pourquoi alors écrire un chiffre autrement que par les mots ?
En réalité, c'est un choix d'auteur à faire. Soit l'on privilégie la rapidité visuelle, soit la littérature...  Et il est bien sûr possible d'avoir les deux options dans le même texte !

De manière quasi systématique, j'en suis venu à privilégier l'écriture des chiffres et nombres par le mot. J'écris de la littérature, je dois donc utiliser toutes les possibilités de l'écriture...

Mais surtout, il s'agit de créer un univers propre, de faire très attention à ne pas écrire une littérature trop proche du monde imagé qui nous environne... Déjà que la littérature sert à créer des "images mentales"...

La littérature doit rester un acte de résistance mêlé au plaisir face à un monde prônant l'efficacité bornée. Refuser l'écriture chiffrée est un signe, petit, mais bien réel.

A bientôt !
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 16:55

Bonsoir à toutes et tous de nouveau !

Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit sur le métier que je veux faire, écrivain d 'Anticipation, raconteur d'histoires possibles...

Cela peut paraître bête, mais je crois qu'il est bon de temps à autre de se rappeller le fond même de son activité, pour autant que cela soit réellement définissable...

Un(e) écrivain(e) raconte des histoires. Point.

Et doit donc donner du plaisir aux lectrices et lecteurs ! C'est cela la base, et rien d'autre !
Par contre, bien sûr, il faut affirmer une direction. L'écriture peut prendre la forme d'un journal,  d'une série,  d'un feuilleton, de romans, de nouvelles, etc...
L'auteur peut être porté(e) sur la pure imagination, le réalisme social, tout autre forme de récit.

Pour un auteur de SF, d'Anticipation, instinctivement, il me semble qu'il existe un énorme écueil à éviter, qui provient d'ailleurs aussi de la manière dont des gens pas avertis peuvent parler médiatiquement de cette littérature.

Un auteur qui écrit des histoires se déroulant dans le futur ne prédit pas le futur. C'est normal, il est écrivain, pas médium, pas futurologue, pas gourou, pas toutes sortes de gens qui savent toujours tout sur tout...
C'est là un véritable danger, qui peut amener les gens, le public à confondre un bon auteur avec justement toutes sortes de gens qui savent toujours tout sur tout...

Un bon auteur n'affirme rien en tant que tel. Et n'a pas à le faire.
Par contre, construire ses récits sur des tendances, du comportement humain somme toute relativement prévisible, sur des faits indéniables, reste possible, et hautement souhaitable pour ne pas écrire du grand n'importe quoi !

Pourquoi cette différence, ténue je le reconnais, est si importante ?
Parce que sinon, l'imagination n'aurait plus qu'une place congrue dans le récit, deviendrait une sorte de couche de vernis sur une thèse à défendre...

Et cela est catastrophique... La poésie, la fulgurance d'une idée pas réaliste, un délire doit être prépondérant dans la naissance d'une oeuvre d'Anticipation.

Il n'y aurait rien de pire que des auteurs à thèses, qui défendraient leurs idées au lieu de travailler la qualité humaine et narrative de leur écriture...

C'est vrai que la SF est une littérature d'idées ! Loin de moi de prétendre le contraire, j'en cherche si possible d'excellentes tous les jours !!!
Mais d'un autre côté, je reste convaincu que l'indicible, la surprise, l'incongru, les personnages innatendus doit absolument rester la base de l'écriture, ce qui provoque le plaisir.

Les idées sont des outils. Quant ils sont rouillées, on les jette, on en change...
L'amour de l'intellectualisme a quelque chose de mortifère, de dangereux, de pesant, comme une nouvelle de Lovecraft...

Une fois que j'ai mon idée, j'écris et je pense à me faire plaisir, à faire vivre mes personnages, à les mettre en interaction.
L'idée reste à la porte le temps de la création, le temps du délire.

Séparer le temps de la culture, de la réflexion, de la naissance et du débat d'idées, et le temps de la création à voltiger sur un clavier ou à se pencher sur un cahier est absolument indispensable !

Les idées, c'est le temps de l'adulte. La création, c'est le temps de l'enfance, du jeu, de l'imagination.

Sur ce, je vous laisse.
A bientôt !
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 16:31

Bonsoir à toutes et tous !

Courte chronique cinéma pour ce soir. Comme promis, j'ai grande envie de vous causer du film de M. Night Shyamalan, Le village, qui nous raconte l'histoire d'un village aux USA au 19ème siècle, entouré de monstres tapis dans la forêt. Les habitants ont donc peur, et ne sortent jamais de leur village...


 

le-village

Je ne vous en dit pas plus pour ne pas gâchez votre éventuel plaisir.
Je pense que vous qui me lisez, vous devez connaître au moins un film de Shyamalan. Si tel n'est pas encore le cas, foncez louer un film en DVD, peut importe lequel ! Je vous avais déjà chroniqué Phénomènes. Il a aussi réalisé Sixième sens.

Car Le village est vraiment un film formidable, un excellent exemple de structure narrative très sobre, ou rien n'est gratuit, rien n'est en trop, où chaque personnage entretient avec les autres des relations qui font l'histoire elle-même. Je l'ai vu une fois en égoïste, puis j'ai invité des amis à venir le visionner. Je pourrais encore le voir une troisième fois sans ennui !

 

L'ironie dans cette histoire tendue et angoissante est présente. Le personnage qui va connaître la vérité, qui va hésiter entre détruire ou préserver le village est une aveugle... Car l'aveuglement est au coeur même du film. Comme spectateur, nous sommes confrontés à cette question hallucinante, jusqu'où ira cette manipulation ?  Résistera-t-elle à la réalité physique du monde ?

Il m'est difficile d'analyser le film sans trop en dire... Mais par exemple, l'explication de l'origine des monstres cernant le village n'est pas la chute du film. Je l'avais deviné la moitié du film passée, et l'explication factuelle nous est donnée.
Mais ce n'est pas grave, le film continue, toujours aussi fort, avec de nouveaux enjeux, encore plus essentiels, plus profonds.


 

village2

D'une énigme affriolante, nous passons à une réflexion, un espoir, un dégoût, une interrogation bien plus puissante que la simple résolution d'un mystère ! C'est souvent un réel plaisir quand un film, un livre, une histoire se transforme, devient ce que l'on attendait pas.
Même si bien sûr ce n'est pas une garantie en soi de réussite...

C'est là où le scénariste et réalisateur réussit à faire plus qu'un film de genre vaguement horrifique.
Le village est une réflexion sur la transformation possible, ou impossible, de la nature humaine. 

M. Night Shyamalan fait désormais parti des auteurs de cinéma dont on attend avec impatience le prochain film. Car l'on sait qu'il ne nous décevra pas. En ce sens, je le perçois comme Alfred Hitchock, un savant mélange de film poupulaire et d'expérimentation tant narrative que sur l'image.

Merci à lui pour ses films !
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 16:28

Bonsoir à toutes et tous !

2012 donc que je viens de voir en salle ce matin, de notre ami Roland Emmerich, grand faiseur de films...

Résumé rapide. Le soleil fait son caprice, dégage beaucoup de méchants neutrinos qui font office de micro ondes, qui réchauffent le centre de la Terre. Les plaques tectoniques se mettent violemment à bouger. D'énormes volcans, failles, tsunamis apparaissent, détruisant toutes traces de civilisation humaine sur les cinq continents.
J'oubliais, tout le monde va mourir, ou presque...

Bon. Ne vous attendez pas à un miracle... Le cinéaste est toujours incapable de laisser véritablement une scène se prolonger et entrer dans la tête du spectateur pour ne plus en sortir, la faute à un montage trop banal, avec cette peur au ventre stupide d'ennuyer le spectateur avec un plan catastrophe de plus de quatre secondes. La plupart des personnages agissent de manière stéréotypés, sans peur, et quelques doutes moraux tout de même.
Pour un cinéphile moyen ou averti, c'est vraiment rédhibitoire...

Ceci dit, si l'on compare ce film avec ce qui est comparable, c'est à dire les propres films d'Emmerich et des faiseurs de bonne aloi, "2012" comporte d'intéressantes caractéristiques de fond.

Tout d'abord, malgré sa longueur de 2h 40, il m'a semblé voir un film court. C'est bon signe sur la qualité de l'histoire, en tous cas son rythme.
Les effets spéciaux, même avec un montage trop plat, même mal filmés sont vraiment remarquables techniquement.

Ensuite, les questions morales sur qui va survivre et qui va mourir sont bien là. Quelques personnages, et détails sociaux sont aussi bien vus.
Juste un exemple. Les arches qui vont sauver les quelques survivants sont fabriquées en Chine pour le prix de la main d'oeuvre, au Tibet plus précisément pour la hauteur des montagnes... Et avec l'aide du secteur privé, la vente de billets aux plus riches, les états étant incapables de payer la facture !
Ce genre de détails font aussi le charme de ce genre de films...

Mais la vraie question est celle-ci. Pourquoi vais-je voir de tels films, au thème délirant, réellement sans intérêt profond pour moi en tant qu'auteur d'Anticipation, alors qu'il y a tant d'autres films à visionner, vieux et récents ?
Pourquoi ? Pour voir ce que voit le grand public. Pour savoir ce que signifie pour eux le grand spectacle, pour ne rien mépriser.

Pour comprendre comment toucher un large public, sans évidemment faire du "2012" en livre !!!!

Pour imaginer comment j'aurai moi écrit ce scénario, ce que j'aurai gardé, changé, rejeté, etc...

Il n'y a pas que les chefs d'oeuvres qui sont stimulants !

A bientô.
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 16:02

Bonjour à toutes et tous !

Pas eu le temps dimanche d'aller voir le médiatique 2012 en salle ! J'irai donc dimanche prochain, vous aurez donc droit à mon humble avis...

Mais nous allons nous rattraper avec un très bon film d'Anticipation venu de Belgique, que j'avais déjà vu d'ailleurs avant de commencer à écrire 36, quai du Futur.

Disponible en DVD dans la série "Cinéma indépendant" à bas prix, ceux à la jaquette blanche, il s'agit de "Thomas est amoureux" de Pierre-Paul Renders, scénario de Philippe Blasband.

 

thomas est amoureux

L'idée narrative est très simple. Thomas, trentenaire atteint d'agoraphobie aigüe, vit enfermé dans son appartement depuis huit ans, ne communiquant avec autrui que par vidéo.
Il ne sort jamais, jamais personne ne vient chez lui. Le côté matérielle de sa vie est géré par une compagnie d'assurance, la Globale.

Comme d'habitude, je ne vous raconte pas le synopsis pour ne pas gâcher votre plaisir si vous souhaitez le voir. Mais toute la force cinématographique de ce film est son choix radical.
En effet, pour raconter cette histoire d'enfermement, j'aurai choisi entre deux options. Soit se centrer sur Thomas, vivre sa vie dans son appartement, le monde étant rejeté à la périphérie, soit alors montrer l'extérieur, Thomas étant alors là indirectement.

C'est la seconde option qu'a choisi le scénariste, et elle est poussé jusqu'au bout. Le spectateur ne verra jamais Thomas, ne connaîtra jamais son visage ! Le film n'est constitué que de plans fixes vidéos des conversations de Thomas. Nous voyons et entendons ce qu'il voit, ce qu'il entend. Nous sommes Thomas !!!

 

thomas 1

Et l'émotion naît. Car l'avantage de ce procédé très logique, très graphique aussi, c'est l'usage du plan séquence, parfois agrémenté de zooms.

Le sujet du film est l'isolement de l'individu grâce aux possibilités des télécommunications, webcam, achat par internet, portable, etc...
Et le film nous donne paradoxalement à voir de longs échanges humains, où les acteurs ne sont jamais coupés, où ils ont le temps de construire une relation !
Je n'ai pas visionner le film avec un chronomètre, mais certains plans séquences doivent bien durer 2, 3 à 5 minutes, voir plus ! C'est un rare plaisir de cinéma...

La lumière aussi est soignée, contribue avec des décors simples mais prégnants à nous rendre le monde extérieur à Thomas aussi artificiel que le système qui le maintient enfermé ! Rien n'est négligé pour nous donner à voir et à entendre du sens.

 

thomas2

Thomas est isolé physiquement, mais pas émotionnellement. Et c'est cet aspect non manichéen qui donne à ce film, tourné avec de bons acteurs et peu de moyens matériels, son charme indéniable et sa force d'Anticipation, de plus toujours bien contextualisé socialement, par petites touches.

Quatre relations principales entrelacées, Le représentant de la Globale, son psy payé par la Globale, sa mère et une femme en particulier forment la trame narrative du film.


 

thomas 3

Je ne vous dis pas de qui tombe amoureux Thomas. Mais il faut visionner le film aussi pour cette histoire d'amour avec une femme, très bien interprété par Aylin Yay je crois. Nous sommes avec ce personnage féminin dans un futur possible vraiment pas réjouissant... Cette histoire d'amour est le moteur du film, ce qui va le faire évoluer. Mais je n'en dis pas plus ! Voyez le film !

J'ai également regardé les bonus. L'acteur qui joue Thomas, une simple voix off donc, était bien présent sur le tournage, enfermé dans une minuscule pièce, jouant en direct avec les acteurs par liaison audio !

A bientôt, avec 2012 ! Je vais aussi revoir Existen Z de David Cronenberg d'ici peu.
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 15:57

Bonjour à toutes et tous !

Je ne vais pas vous tenir une chronique de conversation de bar, mais de samedi soir, petite soirée avec mes correcteurs autour d'un bon film !

Un sujet est venu sur la table, que je trouve passionnant, et que bien des gens acceptent comme une vérité quasi absolue.

Il s'agit de la prétendue "objectivité de la Science". Ou "neutralité"

Je dois dire que je croyais ce concept plus ou moins vrai, avant que j'écrive de l'Anticipation, que je m'intéresse de près aux sciences et techniques...

"La Science" serait donc objective, au sens ou on la développerait dans un souci purement scientifique, que ses applications technologiques relèveraient d'une logique universelle, appellée "le progrès".
Il est difficile de se débarasser de cette idée reçue développée, propagée, par le monde de la science et de la politique vis à vis du peuple ignorant...
A force de l'entendre dire, on finit par croire que c'est vrai !
Que n'ai-je pas lu il y a encore peu de temps dans une revue astronomique, pourtant très bien, l'interview d'un spationaute nous arguant que la recherche spatial finirait à terme à réduire la misère sur la Terre ? On croit rêver....

Au cours de la discussion, un exemple frappant est venue, les examens pré-natales, qui permettent de détecter utilement des malformations, et aussi le sexe de l'enfant à naître...

Au 21ème siècle, En Europe, cet examen ne compromet pas l'équilibre démographique. Pourquoi ? Parce que les femmes dans l'inconscient collectif restent des êtres inférieures aux hommes, mais d'un autre côté le mariage avec une dote est totalement dépassé, voir oublié.
La femme n'est plus une marchandise dans les rapports entre familles depuis au moins un siècle ou deux, surtout parmi les couches populaires. C'est moins vrai dans une "élite sociale" ou le mariage d'intérêt existe encore.

Par contre, en Inde, dans une moindre mesure en Chine, l'usage de l'examen pré-natale est un désastre démographique. Les familles, notamment aisées pouvant se payer cet examen, supprime en masse les filles avant même qu'elles naissent.
Car les femmes en se mariant coûte une dote, s'en vont dans la belle-famille, que la femme est largement perçue encore comme une marchandise, un être inférieure.
En Inde, certains villages et villes sont dépeuplées de femmes, causant violence des hommes, enlèvements, misère morale, etc...
Malgré les efforts du gouvernement, la situation se poursuit...

La situation serait la même dans certains pays africains, si cette technologie médicale était accessible.

La science contribue donc à éliminer les femmes de la société.
C'est un fait objectif, irréfutable ! Effrayant...

Alors, le discours premier est de nous dire que la Science est neutre. Que ce sont les Indiens qui sont des monstres sanguinaires, des mysogines qui sont incapables d'évoluer dans leurs moeurs...

Rien n'est plus faux.
D'abord l'Inde devra évoluer si elle ne veut pas être à feu et à sang d'ici cinquante ans... Et elle évoluera, de gré ou de force...

Mais du point de vue scientifique, cette exemple montre à quel point la Science, et surtout ses applications, sont démensurement tributaires de la société qui les produit.

L'examen pré-natal aurait été difficile à inventer en Inde, par peur immédiate de ce que la population pourrait en faire... Ce serait une arme de sélection, et non une prévention médicale...
Cette technique répond à une utilisation raisonnable dans un contexte sociale précis, et pas un autre.

Il n'y a rien à reprocher au peuples d'Inde. Ils ne font là qu'utiliser une technique non conçue pour eux pour répondre à leurs besoins sociaux, à ce que la tradition exige d'eux, pour ne pas à avoir à dépenser trop d'argent...

Nous autres européens, ferions la même chose qu'eux si notre société était semblable !

La Science n'est donc pas une marche en avant universelle !

Dans la même idée, quelques autres exemples.
Les civilisations andines, très avancées en astronomie, n'ont pas inventé la roue, car les lamas convenaient parfaitement sur les chemins escarpés...
Les peuples qui n'ont pas accès à la mer invente rarement une marine...
La voiture électrique a plus de cent ans, et sans le pétrole abondant et peu cher, la deudeuche aurait été électrifiée...
La Russie à une science des ondes électromagnétiques plus avancée que l'Europe de l'Ouest, allez savoir pourquoi ?!!!
Tous les pays n'ont pas la même législation sur le clonage, ni la même sensibilité.
Vous trouverez vous-même d'autres exemples facilement...

Il me semble parfois que ce discours sur la neutralité de la Science, du progrès n'est là que pour justifier une puissance politique, économique, et n'a pas grand chose à voir avec la Science en tant que pratique.

Personne ne peut être neutre.

Vous croyez vraiment à la neutralité de la Suisse ? Moi pas...

Autant dire que d'avoir une vision juste de la Science, débarrassée de son discours quasi religieux, est important pour un auteur d'Anticipation !

La Science n'existe pas sans relativité, sans objectivité. Il convient donc aussi de relativiser son discours...

A bientôt !
Gulzar

Repost 0
Published by 36 quai du futur - dans CARNET DE NOTES
commenter cet article

Présentation

  • : 36, quai du futur
  • 36, quai du futur
  • : Bienvenue à toutes et à tous. Je suis Gulzar Joby, auteur de Science-fiction. Retrouvez mes parutions, mon carnet de notes et les autres rubriques de mon blog.
  • Contact

Cherchez Un Article !

Archives